Ça me navra tout à fait… J’avais mes habits neufs, mon surcot d’ordonnance et ma casquette cirée. Retourner en pressant le pas ne me disait rien. J’eus envie d’entrer dans cette masure pour y demander si on ne connaissait pas un jeune chien à vendre. Ajouté aux paquets de ravitaillement, il ne serait pas lourd, une fois ficelé par les pattes, et, dussé-je faire tordre tous les matelots du Saint-Christophe, nous nous arrimerions bien ensemble jusqu’à la tour d’Ar-Men. Dame ! je ne pensais plus à la noce, maintenant, j’avais comme un sort jeté sur moi. Mieux valait s’occuper de choses sérieuses et se meubler son logis, quitte à n’en plus jamais sortir.
J’entrai donc.
Aux alentours de Brest, toute maison particulière sert à boire et à manger et tient aussi un petit fond d’épicerie. On vend ce qu’on peut. Celle-là, bien pauvre, bien petite, exhibait quelques bocaux, derrière sa fenêtre, une affiche de chocolat Ménier et une bouteille de Pernod.
A l’intérieur, c’était presque propre, ça sentait le lait frais, du sable recouvrait des carreaux rouges. Sur le dressoir luisaient des brocs d’étain, sur le comptoir un bouquet de lilas trempait dans un pot à beurre. Pas de patronne, seulement un tricot abandonné sur une chaise. Je tambourinai. Une vieille arriva, descendant un escalier invisible. Je lui achetai deux tablettes de chocolat, plus une pelote de fil.
— Vous n’auriez pas connaissance d’un petit chien, Madame ? Un tout jeune, pour l’élever ?
— Non ! je n’ai pas de chien ici. Ça peut se trouver, des fois, on verra voir. Vous ne prendriez pas une bolée pour attendre l’éclaircie ?
— De ce temps ? C’est pas de refus. Je laisserai couler l’eau.
Je m’assis devant le comptoir, tout près du bouquet de lilas. C’était du vilain lilas presque brun, mal éclos et déjà fané, mais ça me représentait le printemps que je n’avais pas vu naître, moi l’exilé. Je le respirais… comme on écouterait Dieu.
La patronne me servit du cidre, trottina, ouvrit les portes. Je sentis des odeurs d’étable. Il y avait une vache pas loin et la vieille, s’en allant tout à fait, puisque je ne lui causais plus, se remit à traire, me laissant admirer son bouquet.
Quel jour de noce !