Je m’assoupissais tout doucement, saisi d’un invincible besoin de me reposer, de ne plus ni parler ni boire, les jambes déjà molles d’avoir marché une ou deux lieues, les bras gourds, l’oreille bourdonnante, quand je fus éveillé par un rire jeune. Quelqu’un qui se moquait de moi. Pour ma bonne contenance, je pris le lilas et je le respirai de nouveau.

— Ben, faut pas vous gêner. Cassez-en donc un brin ! Y coûte pas cher, à c’te heure.

Je me retournai comme un voleur honteux, et mes yeux rencontrèrent deux yeux de femme dans lesquels ils tombèrent.

Une fille de quinze ans, assez grande pour son âge, en jupe à plis, au corsage de velours orné d’un fichu blanc.

Elle avait des bandeaux plats très noirs, un nez court, très droit, une bouche méchante ou simplement moqueuse, et toute la figure tachée de taches de son.

— Vous êtes bien honnête, Mademoiselle, que je répondis, confus. J’en casserai volontiers un petit morceau.

Ça l’amusa d’être appelée mademoiselle, car elle fit le geste des épaules que font tous les enfants, la tête rentrant dans le cou, lorsqu’on se trompe devant eux.

— Vous risquez pas de prendre tout, puisqu’on allait le ficher dehors. Nous en avons un arbre dans la cour.

— Je voudrais bien le voir, dis-je avec respect.

Elle éclata :