Je le contemplais du haut de notre échelle de fer. Il n’était bien sûr plus le même homme. Ses yeux, aux lueurs vertes, n’étaient plus des yeux de poisson crevé, ils enveloppaient la casquette mouillée d’une chaude caresse et ses mains, ses poignes de pieuvre, l’essuyaient avec des tremblements passionnés.

Il remonta vers la grue en nouant précieusement son mouchoir sur ses oreilles de chien brun.

— Vous tenez à ce… carnaval, père Mathurin ? que je lui demandai, m’efforçant de rigoler, car l’occasion était rare chez nous.

— Quel carnaval ?

— Dame ! Vos oreilles de chien, sauf le respect que je vous dois.

— On n’en a pas de rechange ici, qu’il me répondit sans me répondre du tout.

La casquette du vieux devenait une obsession. Je la voyais à toutes les heures du jour. Les premiers temps de mon service il ne la mettait que la nuit, quand il possédait la manie des mèches blondes. Maintenant, il ne quittait plus les longues touffes noires, toujours entretenues luisantes, bien calamistrées à l’huile de sardine. Ça lui faisait une tête de poupée de coiffeur, avec cette différence que les coiffeurs ne choisissent pas la mort pour l’orner de faux cheveux, mais des têtes roses de jeunes femmes…

Encore une semaine coula doucement, lentement, sur mon cœur plein à déborder. Je chantais en dedans. Les oiseaux de mon amour essayaient leurs ailes, et je ne manifestais pas ma gaieté pour ne pas irriter le monstre contre eux.

La veille de mon congé, ce fut pourtant plus fort que moi ; je dis, en soupant, vers le dessert, à l’heure où on réfléchit :

— Non, patron Mathurin, ça manque trop de sexe, décidément. Je crois que je vais me marier bientôt. Pourrait-on connaître votre avis rapport au mariage ?