LA VIEILLE ANGÈLE (d'un ton sourd): Dans mon temps, j'ai rencontré aussi un mauvais garçon. J'allais tirer de l'eau à un puits, tout au bout du village. Voilà qu'en tirant, je sens que c'était lourd, lourd... y avait un homme dans le seau. I' s'était caché là pour me faire peur... et quand je l'ai eu monté, i' m'a dit...
MADAME (l'interrompant): Écoutez! Tout ça, c'est des bêtises. Vous êtes trois et il y a trois portes à fermer chez nous. Courez chacune en fermer une. Tant pis s'il n'est pas neuf heures... Nous n'attendons rien ce soir... (Elle se promène fébrilement.)—La porte-fenêtre de la salle à manger est remise en état... La porte du corridor a une grosse barre à cadenas... Et puis, en haut, celle de la galerie est pleine de verrous... Un rôdeur ne pourrait démolir toutes ces portes. (Elle se tourne vers les servantes.) Voyons, allez vite...
LA GROSSE MARTHE (de mauvaise humeur): Merci bien, je vas pas seule. Faut qu'on me tienne le battant pendant que je mets les barres.
(Toutes les trois jettent leurs fèves sur la table.)
LA PETITE CÉLESTINE (frissonnant): C'est tout de même vrai qu'i' commence à faire froid.
MADAME: Vous êtes joliment poltronnes! allez-y donc ensemble, mais faites vite et n'oubliez pas de regarder du côté du gros noyer. Je vous attends ici.
(Elles sortent après avoir allumé une lanterne.)
LA GROSSE MARTHE (haussant le ton pour entrer dans la salle à manger): Non! ce qu'il fait noir dans cette sale baraque de maison!
LA VIEILLE ANGÈLE (élevant la lanterne d'une main tremblante): Faut bien regarder. Mais, moi, je sors pas.
LA PETITE CÉLESTINE (se penchant en dehors de la porte-fenêtre): Eh ben, quoi? Le gros noyer, il est toujours à sa place.