Flora eut un sourire navré.

— Alors, pourquoi que vous ne l’avez pas mieux mis dans ses meubles ? (Elle se reprit, confuse de ce qui venait de lui échapper.) Je veux dire pourquoi que votre père le laisse coucher sur la terre nue ? Oh ! Mademoiselle, si vous saviez comme il fait humide la nuit chez nous… chez vous… c’est rien de vous le dire… j’en ai les reins tout perclus… c’est que, voyez-vous, je ne suis pas bien portante, moi… j’ai… j’ai… une maladie de poitrine, et les médecins ont dit que je ne finirais pas l’été. Mon frère n’en sait rien, ça, il ne faut jamais le lui dire… ce serait trop pour lui qui a été si malheureux à cause de moi. (Elle s’arrêta, le regard suppliant.)

— Pauvre femme, dit Marguerite, qui se voyait un rôle d’ange bénisseur tout préparé, aussi l’occasion de se créer l’héroïne d’une prochaine aventure d’amour qu’elle pourrait comparer aux plus extraordinaires des romans modernes. Vous êtes tuberculeuse, mais votre frère doit bien s’en apercevoir… où couchez-vous, quand il est là ?

Flora désigna une paillasse dans un coin, que précisément elle avait tirée de leur misérable grabat pour l’aller remuer au soleil.

— Là-dessus, Mademoiselle. Seulement (et elle eut un sourire singulier), nous tendons un drap entre nous… (elle ajouta de sa voix mystérieuse :) Faudra bien que le drap se tende tout à fait, celui des morts sépare bien mieux…

— C’est horrible de plaisanter ainsi, fit Marguerite en tressaillant, cela porte malheur d’appeler la mort avant… le temps. Vous êtes encore jeune, Mademoiselle ?

— Quel âge me donneriez-vous ? questionna Flora en cassant son fil pour dissimuler le pli amer de sa lèvre.

— Probablement trente-cinq ans !

Flora eut l’héroïque courage de répondre :

— Vous ne vous trompez pas.