— Oh ! fit l’autre avec tranquillité, je sais bien qu’il y a des abricots et des prunes ; seulement, je n’aime pas les fruits verts.

Il la regardait. Ses yeux fixes luisaient d’une façon singulière. Il avait l’aspect d’un fou, mais ses gestes demeuraient d’une précision remarquable. Tenant une branche par son extrémité, il la dépouillait méthodiquement de ses petites boules.

— Qui êtes-vous, Madame ? finit-il par lui demander d’un ton de juge interrogeant le coupable.

— Je suis… je suis… Mlle Marguerite Davenel, la fille de M. Davenel, directeur de la ferme-école de Flachère.

— Ah ! très bien. Connais pas. Suis pas d’ici, répliqua-t-il tout en crachant des noyaux. Moi, j’ai traversé une forêt en courant. Je suis tombé dans un fossé et m’y suis crotté des pieds à la tête. J’ai dormi sous les arbres, le matin j’ai aperçu des cerises… Sérieusement, vous n’avez aucun pain dans votre panier ?

Et il s’avança vers elle.

Cela, c’était la bourse ou la vie.

Elle poussa un cri aigu.

— Quoi ? Vous avez peur ? Ne criez donc pas ainsi. Je vous le défends. Les cris de femme me portent sur les nerfs. Est-ce que toutes les femmes vont avoir peur de moi ? Comprenez-vous que les cerises, rien que des cerises, ça creuse ? Je mangerais volontiers autre chose.

— Si vous voulez me suivre, Monsieur, murmura Marguerite en frissonnant, mon père vous offrira certainement à dîner.