L’homme noir entra, demanda un litre de vin et du pain. Les bonnes l’entourèrent, leur coiffe blanche toute dressée de curiosité.

— Comment vous appelez-vous ? Êtes-vous de la société ? Vous n’avez pas la remise ? Et votre livret ? Ah bien ! C’est donc vous le jeune homme noir ? C’est Monsieur qui a dîné chez les directeurs. Ernestine, une bouteille ! Nous allons vous fournir ça et tout de suite.

Abasourdi d’être déjà le point de mire de tant de personnes, lui qui se cachait depuis huit jours, l’homme noir balbutia :

— Vous êtes bien aimables, Mesdemoiselles. Je vous remercie, mais, non, je ne suis d’aucune société…

Ce fut comme s’il avait déclaré ses quartiers de noblesse.

— L’anarcho ! ouït-il chuchoter.

Un ouvrier, qui étudiait un compte sur une ardoise, lui adressa la parole d’un ton d’orateur.

— Eh ! salut, compagnon ! Sois le bien venu parmi nous. On se la coule douce à Flachère et si tu es fatigué, repose-toi. Les patrons c’est des zigs ! T’as tout le temps de réfléchir. D’ailleurs, c’est nous les patrons. Vive la sociale !

Et ce frère, un peu titubant, lui poissa la main.

— Veux-tu trinquer ?