— Pardon. Je cesse de l’être puisque je m’efforce de gagner ma vie en pêchant comme un simple grand industriel qui se repose. Hier, j’ai fabriqué une ligne… Aujourd’hui je comptais sur une friture. C’est un travail normal cela ! Demain, va-t-il me falloir de nouveau glaner dans vos champs ? On se fatigue des légumes crus, vous savez ! Et le corbeau est une maigre volaille.
— Pourquoi ne demandez-vous pas à être embauché aux épandages ?
Il eut un regard orageux et grommela, brisant la conversation :
— Vous disiez que la Seine est empoisonnée ? Quel poison, s’il vous plaît ? des matières chimiques ? Je suis un ignorant tombé de la lune. Je voudrais bien m’instruire. Au collège, où je suis resté trop longtemps, je rêvais des bords fleuris de cette eau que j’imaginais limpide avec des petits moutons blancs autour.
— Les usines d’Asnières, cher Monsieur, ne suffisent pas à faire fuir le goujon… Il y a le grand collecteur. Comment pouvez-vous venir de Paris sans savoir qu’au-dessous de la capitale toute la Seine charrie la boue de ses ruisseaux ?
— Je sais, en effet, que je ne sais rien, chère Mademoiselle, en ma qualité de bachelier ès-sciences. Alors, je dois perdre l’espoir de ma friture ?
— Oh ! complètement, cher Monsieur. C’est même drôle, pour les gens d’en face, de vous apercevoir une ligne à la main, et je m’étonne de ne pas les entendre rire aux éclats de votre patience, eux qui en ont si peu. Ils ne sont presque jamais à leurs fenêtres, heureusement pour vous. Il y a vingt ans qu’on ne pêche plus ici.
Elle souriait.
— Les usines d’Asnières ! Le grand collecteur !…
Et il fut une seconde égayé, de son côté, par cette charmante vierge mondaine en robe blanche, qui lui disait ces choses troubles.