— C’est un peu loin. Pourquoi n’y as-tu pas pensé ce matin, ma pauvre étourdie.
— Oh ! en courant…
— Je n’aime pas à donner des clés passé l’heure du travail. Il y a toujours des flâneurs le long des allées. On s’introduit dans le verger sous prétexte de visiter un tuyau, puis on nous pille. Quand on songe que Mathieu prétend qu’on a volé des abricots verts ! Je me demande ce qu’on peut tirer d’abricots pas mûrs ?
— On les vend pour faire des prunes à l’eau-de-vie.
— Allons donc ! C’est par pure méchanceté, une rage de détruire qu’ont tous les enfants du peuple. Sans compter que les ouvriers de chez nous ne se gênent pas. On a beau leur en donner dans la saison, c’est des primeurs qu’ils veulent, comme nous, et cette année ces chiperies-là comptent double parce que tout Flachère est en retard.
Marguerite insista :
— On pourrait voir les cerisiers de la galerie neuve. Ce n’est pas très loin.
— Mon Dieu, si tu en as une pareille envie, vas-y toi-même ce soir ; seulement, n’emmène personne avec toi, c’est toujours l’occasion, pour les domestiques, d’abuser de la circonstance.
Comme il achevait son aile de poulet, on lui apporta de tendres haricots verts. Il en offrit à Marguerite. Celle-ci mettait son chapeau par habitude, bien qu’il fît presque nuit dehors.
— Tes haricots seront froids ! conclut le père, dogmatique.