— Est-ce que vous avez jamais bu dans du vermeil, mon ami ? questionnait Fulbert, agacé.
— Non, pour sûr, mais c’est certainement blond.
— C’est pourpre, or et cuivre, d’ailleurs le vermeil ne se porte plus. Dorer l’argent était un sot métier d’autrefois. De nos jours on l’oxyde, on le corrode jusqu’à ce qu’il prenne une horrible couleur de bitume et de soufre… l’argent c’est un métal maudit.
— Oui, monsieur Fulbert. C’est par l’argent que tout arrive. Cependant celui qui s’appuiera la patronne aura le sac.
Ful éclatait de son rire de crécelle.
— Vous n’en n’êtes pas à espérer cette aubaine, mon vieil Albain ?
— Je ne me permettrai jamais de pareilles plaisanteries. La patronne, c’est du nanan qui n’est pas pour notre gueule, mais c’est pas défendu de la trouver jolie…
— Allons donc ! jolie ! Elle se serre trop, elle rougit à propos de botte… moi, elle m’exaspère avec son air de petite oie rose qui couve des œufs de serpent. Si on lui donnait le fouet tous les matins, ça irait mieux et lui ferait enfin tourner son lait d’iris à cette sacré bon dieu de petite nounou pour vampire.
Albain se tordait.
— Ah ! la sacré bon dieu de nounou pour vampire !… la petite oie rose !… non ! n’y a que vous pour trousser le compliment ! On dirait toujours que vous venez d’avaler du vinaigre !… Monsieur Fulbert… je ne connaissais pas les anarchos et je me défiais d’eux, mais au jour d’aujourd’hui je trouve que vous êtes des bons zigs. Si vous n’aimez pas les bourgeois, vous avez des manières de leur envoyer ça qui sont rudement rigolotes. On voit que vous n’en pincez pas pour la poésie…