Puis, ses muscles se détendirent, et Marie, pirouettant sur elle-même, tomba presque à genoux.

Marie, relevée, se dirigea vers la porte, l'ouvrit, et là, se tournant vers son frère, de chaque côté duquel se tenaient, comme deux protections, de Raittolbe et Raoule:

—Faut pas t'énerver comme ça, mon petit. T'as besoin de tes muscles, il t'en faut pour deux... T'as la même tête que le jour de la raclée. Tu sais la raclée que monsieur le baron t'a administrée. Prends garde, tu vas te trouver mal, t'as quelque chose de détraqué, bien sûr: ta chaste épouse n'aura plus son compte..... Est-il gentil, comme ça, entre ses deux amants!

Marie lança ces derniers mots dans un rire féroce, dont les éclats durent faire trembler jusque dans ses fondements la vieille maison des Vénérande.

Élisabeth et Marie Silvert, l'ange du bien qui avait toléré, le démon de l'abjection qui avait excité, fuyaient en même temps, l'un vers le Paradis, l'autre vers l'abîme, cet amour monstrueux qui pouvait, à la fois, aller, dans son orgueil, plus haut que le ciel et, dans sa dépravation, plus bas que l'enfer.

CHAPITRE XIII

ERS minuit, les invités aux noces de Jacques Silvert s'aperçurent d'un fait bien étrange: la jeune mariée était encore parmi eux, mais le jeune marié avait disparu. Indisposition subite, vexation d'amoureux, incident grave, toutes les conjectures possibles furent faites dans le clan des familiers que cette union préoccupait déjà au dernier point. Le marquis de Sauvarès prétendit que le cartel d'un rival éconduit avait été trouvé par Jacques, sous sa serviette, au début du merveilleux repas qui leur avait été servi. René affirmait que tante Élisabeth devait quitter le monde ce soir même et qu'elle remettait ses pouvoirs à l'époux. Martin Durand, témoin du marié, bougonnait sans se cacher, parce que les artistes ont toujours le droit de faire leur tête quand on a besoin d'eux. Il ne pouvait plus sentir ce Jacques, maintenant. Au coin de la cheminée monumentale du salon où s'écroulait en braises rouges le nouveau foyer conjugal, la duchesse d'Armonville, pensive, son binocle entre ses doigts fins, suivait les mouvements de Raoule, placée en face d'elle. Raoule déchiquetait machinalement son bouquet d'oranger. De Raittolbe assurait tout bas à la duchesse que l'amour est la seule puissance vraiment capable d'aplanir les difficultés politiques sous le gouvernement du jour.