—Mais enfin, murmurait la duchesse, sans prendre garde aux étourderies du baron, me direz-vous pourquoi cette chère mariée s'est aujourd'hui fait coiffer de façon si... originale? Cela me rend perplexe, depuis la cérémonie religieuse.
—L'hymen est, sans doute, pour Mme Silvert une prise de voile comme une autre, répondait de Raittolbe, dissimulant un sourire sardonique.
Mme Silvert portait une longue robe de damas blanc argenté et une sorte de pourpoint de cygne. Son voile avait été enlevé au moment du bal et l'on voyait la coiffure de fleurs d'oranger naturelles reposer en diadème sur des boucles pressées comme dans la chevelure d'un garçon; sa physionomie hardie s'harmonisait admirablement avec ces boucles courtes, mais ne rappelait en rien la pudique épousée, prête à baisser les yeux sous ses tresses parfumées qu'allaient bientôt défaire les vives impatiences de l'époux.
—Je vous assure, réitérait la duchesse, que Raoule a fait couper ses cheveux.
—Une mode récente que j'adopte définitivement, chère duchesse, répondit Raoule, qui venait d'entendre et sortait de sa rêverie.
De Raittolbe eut un applaudissement muet. Il frappa la paume de sa main du bout de ses ongles. Mme d'Armonville se mordit la lèvre pour ne pas rire. Cette pauvre Raoule, à force de se masculiniser, finirait par compromettre son mari!
Les demoiselles d'honneur vinrent en tumulte offrir le gâteau, suivant la nouvelle coutume importée de Russie et qui faisait fureur, cette année-là, dans la haute société. L'époux ne se montrait toujours pas. Raoule dut garder sa part entière. Minuit sonna; alors, la jeune femme traversa le vaste salon de son pas altier; arrivée à l'arc de triomphe dressé avec toutes les plantes de la serre, elle se retourna et eut pour l'assemblée un salut de reine qui congédie ses sujets. D'une phrase gracieuse mais brève, elle remercia ses compagnes, puis elle sortit à reculons, les saluant encore d'un geste élégant et rapide, comme le salut de l'épée. Les portes se refermèrent.
A l'aile gauche, tout à l'extrémité de l'hôtel, était la chambre nuptiale. Le pavillon dans lequel elle se trouvait formait retour sur le reste du bâtiment. La plus profonde obscurité, le plus discret silence régnaient dans cette partie de la maison.
Les corridors étaient éclairés de lanternes de bohème bleu dont le gaz avait été baissé, et dans la bibliothèque attenante à la chambre à coucher une seule torchère, tenue par un grand esclave en bronze, servait de fanal. Au moment où Raoule entra dans le cercle de lumière projeté au centre de la pièce, une femme habillée simplement comme une domestique se détacha de la tenture sombre.
—Que me voulez-vous? murmura la mariée redressant sa taille souple et laissant à ses pieds se dérouler l'immense traîne de sa robe d'argent.