—Vous dire adieu, ma nièce, répliqua Mme Élisabeth, dont le visage pâle, tout à coup éclairé, semblait surgir comme une évocation spectrale.
—Vous! ma tante, vous partez?
Émue, Raoule lui tendit les bras.
—N'embrasserez-vous pas une dernière fois votre neveu? fit-elle d'un son de voix plus respectueux et plus doux.
—Non! dit la chanoinesse secouant le front. Quand je serai là-haut! peut-être! mais ici je ne puis me résigner à couvrir de mon pardon les souillures de la fille perdue. Adieu, mademoiselle de Vénérande. Mais avant mon départ, sachez-le: si sainte que Dieu veuille que je sois, il m'a permis d'apprendre vos horribles débordements. Je sais tout: Raoule de Vénérande, je vous maudis.
La chanoinesse parlait très bras et cependant Raoule crut entendre retentir les éclats de cette malédiction jusque dans la tranquillité de la chambre nuptiale.
Elle eut un tressaillement superstitieux.
—Vous savez tout? expliquez vos paroles, ma tante! Le chagrin de me voir porter un nom roturier vous trouble-t-il la raison?
—Vous êtes la belle-sœur d'une prostituée. Elle était ici tout à l'heure, cette fille, oubliée dans vos invitations; elle m'a forcée à me pencher sur le gouffre. Vous n'étiez pas la maîtresse de Jacques Silvert, Raoule de Vénérande, et je le regrette à présent de toute mon âme! Mais souvenez-vous bien, fille de Satan! que les désirs contre nature ne sont jamais assouvis. Vous rencontrerez la désespérance au moment où vous croirez au bonheur! Dieu vous précipitera dans le doute au moment où vous toucherez à la sécurité. Adieu... je vais prier sous un autre toit.
Raoule, immobilisée dans l'impuissance de sa rage, la laissa se retirer sans proférer un mot.