Raoule vint s'asseoir sur le bord de la couche et prit à pleines mains la chair de ce buste cambré.

—Je punissais une trahison involontaire cette nuit-là; songe à ce que je ferais si jamais tu me trahissais réellement.

—Écoute, cher maître de mon corps, je te défends de rappeler le soupçon entre nos deux passions, il me fait trop peur..... Pas pour moi! ajouta-t-il, riant de son adorable rire d'enfant, mais pour toi.

Il posa sa tête soumise sur les genoux de Raoule.

—C'est bien beau, ici, murmura-t-il, avec un regard reconnaissant. Nous allons y être très heureux.

Raoule, du bout de son index, caressait ses traits réguliers et suivait l'arc harmonieux de ses sourcils.

—Oui, nous y serons heureux et il ne faut pas quitter ce temple de longtemps, pour que notre amour pénètre chaque objet, chaque étoffe, chaque ornement de caresses folles, comme cet encens pénètre de son parfum toutes les tentures qui nous enveloppent. Nous avions décidé un voyage, nous n'en ferons pas; je ne veux pas fuir l'impitoyable société dont je sens grandir la haine pour nous. Il faut lui montrer que nous sommes les plus forts, puisque nous nous aimons...

Elle pensait à sa tante... Jacques pensait à sa sœur.

—Eh bien, dit-il résolument, nous resterons. D'ailleurs, j'achèverai mon éducation de mari sérieux; dès que je saurai me battre, j'essaierai de tuer le plus méchant de tes ennemis.

—Voyez-vous cela, madame de Vénérande, tuer quelqu'un!