—Parce que je ne puis te voir sans devenir fou, dit-elle, se trompant à son tour; parce que ta divine beauté me fait oublier qui je suis et me donne des transports d'amant; parce que je perds la raison devant tes nudités idéales... Et, qu'importe à notre passion délirante le sexe de ses caresses? Qu'importent les preuves d'attachement que peuvent échanger nos corps? Qu'importe le souvenir d'amour de tous les siècles et la réprobation de tous les mortels?... Tu es belle... Je suis homme, je t'adore et tu m'aimes!

Jacques avait compris enfin qu'elle lui obéissait. Il se leva sur un coude, les yeux pleins d'une joie mystérieuse.

—Viens!... dit-il dans un frisson terrible, mais n'ôte pas cet habit, puisque tes belles mains suffisent à enchaîner ton esclave... Viens.

Raoule se rua sur le lit de satin, découvrant de nouveau les membres blancs et souples de ce Protée amoureux qui, à présent, n'avait plus rien conservé de sa pudeur de vierge.

Durant une heure, ce temple du paganisme moderne ne retentit que de longs soupirs entrecoupés et du bruit rythmé des baiser; puis, tout à coup, un cri déchirant retentit, pareil au hurlement d'un démon qui vient d'être vaincu.

—Raoule, s'écria Jacques, la face convulsée, les dents crispées sur la lèvre, les bras étendus comme s'il venait d'être crucifié dans un spasme de plaisir, Raoule, tu n'es donc pas un homme? tu ne peux donc pas être un homme?

Et le sanglot des illusions détruites, pour toujours mortes, monta de ses flancs à sa gorge.

Car Raoule avait défait son gilet de soie blanche, et, pour mieux sentir les battements du cœur de Jacques, elle avait appuyé l'un de ses seins nus sur sa peau; un sein rond, taillé en coupe avec son bouton de fleur fermé qui ne devait jamais s'épanouir dans la jouissance sublime de l'allaitement. Jacques avait été réveillé par une révolte brutale de toute sa passion. Il repoussa Raoule, le poing crispé:

—Non! non! n'ôte pas cet habit, hurla-t-il, au paroxysme de la folie.

Une seule fois ils avaient joué sincèrement la comédie tous les deux, ils avaient péché contre leur amour, qui, pour vivre, avait besoin de regarder la vérité en face, tout en la combattant par sa propre force.