—Vous faites des fleurs? Vous les faites comme une vraie fleuriste!
—Sans doute, il le faut bien. J'ai ma sœur malade; tenez, là, dans ce lit, elle dort..... Pauvre fille! Oui, très malade. Une grosse fièvre qui lui secoue les doigts. Elle ne peut rien fournir de bon...; moi, je sais peindre, mais je me suis dit qu'en travaillant à sa place, je gagnerais mieux ma vie qu'à dessiner des animaux ou copier des photographies. Les commandes ne pleuvent guère, ajouta-t-il en matière de conclusion, mais je décroche le mois tout de même.
Il eut un haussement de cou pour surveiller le sommeil de la malade. Rien ne remuait sous les lis. Il offrit une des chaises à la jeune femme. Raoule serra autour d'elle son pardessus de loutre et s'assit avec une grande répugnance; elle ne souriait plus.
—Madame désire...? demanda le garçon, lâchant sa guirlande, pour fermer sa blouse, qui s'écartait beaucoup sur sa poitrine.
—On m'a donné, répondit Raoule, l'adresse de votre sœur en me la recommandant comme une véritable artiste. J'ai absolument besoin de m'entendre avec elle au sujet d'une toilette de bal. Ne pouvez-vous la réveiller?
—Une toilette de bal? oh! madame, soyez tranquille, inutile de la réveiller. Je vous soignerai ça... Voyons, que vous faut-il? des piquets, des cordons ou des motifs détachés?...
Mal à l'aise, la jeune femme avait envie de s'en aller. Au hasard, elle prit une rose et en examina le cœur, que le fleuriste avait mouillé d'une goutte de cristal:
—Vous avez du talent, beaucoup de talent, répéta-t-elle, tout en détirant les pétales de satin...
Cette odeur de pommes rissolées lui devenait insupportable.
L'artiste se mit en face de sa nouvelle cliente et attira la lampe entre eux, au bord de la table. Ainsi placés, ils pouvaient se voir des pieds à la tête. Leurs regards se croisèrent. Raoule, comme éblouie, cligna des paupières derrière sa voilette.