Ce septième étage n'était pas éclairé du tout, et la peur lui venait de tomber brusquement au milieu d'un taudis mal famé, quand elle pensa à son étui à cigarettes, qui contenait ce qu'il fallait pour avoir un peu de lumière. A la lueur d'une allumette, elle découvrit le numéro 10 et lut cette pancarte:

Marie Silvert, fleuriste, dessinateur.

Puis, la clef étant sur la porte, elle entra; mais, sur le seuil, une odeur de pommes cuisant la prit à la gorge et l'arrêta net. Nulle odeur ne lui était plus odieuse que celle des pommes; aussi fut-ce avec un frisson de dégoût qu'avant de révéler sa présence elle examina la mansarde.

Assis à une table où fumait une lampe sur un poêlon graisseux, un homme, paraissant absorbé dans un travail très minutieux, tournait le dos à la porte. Autour de son torse, sur sa blouse flottante, courait en spirale une guirlande de roses, des roses fort larges de satin chair velouté de grenat, qui lui passaient entre les jambes, filaient jusqu'aux épaules et venaient s'enrouler au col. A sa droite se dressait une gerbe de giroflées des murailles, et, à sa gauche, une touffe de violettes.

Sur un grabat en désordre, dans un coin de la pièce, des lis en papier s'amoncelaient.

Quelques branches de fleurs gâchées et des assiettes sales, surmontées d'un litre vide, traînaient entre deux chaises de paille crevées. Un petit poêle fendu envoyait son tuyau dans la vitre d'une lucarne en tabatière et couvait les pommes étalées devant lui, d'un seul œil, rouge.

L'homme sentit le froid que laissait pénétrer la porte ouverte; il releva l'abat-jour de la lampe et se retourna.

—Est-ce que je me trompe, monsieur? interrogea la visiteuse, désagréablement impressionnée; Marie Silvert, je vous prie.

—C'est bien ici, madame, et, pour le moment, Marie Silvert, c'est moi.

Raoule ne put s'empêcher de sourire: faite d'une voix aux sonorités mâles, cette réponse avait quelque chose de grotesque, que ne corrigeait pas la pose embarrassée du garçon tenant ses roses à la main.