—Jacques, fit le baron d'une voix sourde, est-il vrai que Raoule désire vous épouser?

—Oui, monsieur, comment le savez-vous?

—Que vous importe! Je le sais, cela suffit; je sais même pourquoi vous avez refusé. C'est très noble d'avoir refusé, monsieur Silvert (et de Raittolbe eut un rire méprisant); seulement, après ce louable effort de dignité, vous auriez dû vous retirer complètement du soleil de Mlle de Vénérande.

Jacques, harassé de fatigue, se demandait qu'est-ce que le soleil pouvait faire dans sa nuit d'ivresse et qu'est-ce que ce mâle désagréable pouvait lui vouloir.

—Mais, monsieur, murmura-t-il, de quel droit?

—Nom d'un sabre! s'exclama le baron, du droit que tout homme d'honneur, sachant ce que je sais, prend vis-à-vis d'un chenapan de votre calibre. Raoule est une folle, sa folie passera, mais si elle vous épousait, durant l'accès, vous ne passeriez pas vous!... Ce serait un écœurement général. J'ai fait le possible pour que notre monde ignore le scandale, il faut que vous fassiez l'impossible pour que ce scandale cesse complètement: le huis clos ne durera pas toujours. Votre sœur peut se griser encore, et, ma foi, je ne réponds plus de rien. Ce soir, vous avez été à peu près convenable. Eh bien, qui vous empêche de quitter cet appartement demain, d'aller dans la mansarde indiquée, de chercher de l'ouvrage, d'oublier son... son erreur enfin. Si vous avez eu une bonne pensée, tout n'est donc pas mort chez vous! Sacrebleu, tâchez de revenir en entier, Jacques!

—Vous nous écoutiez, dit celui-ci machinalement.

—Hum! hum! non! quelqu'un écoutait pour moi, malgré moi, et puis, je vous trouve bon de me poser des questions.

—Vous êtes l'amant de Marie? continua Jacques en un sourire de mansuétude ironique.

L'ex-officier serra les poings.