—Raoule, je ne suis pas tranquille, moi..., dit encore la chanoinesse, le fils d'un ouvrier!
—Qui dessine comme s'il était fils de Raphaël.
—Et sera-t-il vêtu de façon convenable?
—Sous ce rapport, j'en réponds, affirma Mlle de Vénérande avec un rictus amer; puis, corrigeant sa phrase dans ce qu'elle pouvait avoir d'énigmatique:
—Ne gagne-t-il pas sa vie largement!
—Allons, je m'en remets à ton expérience, ma chère Raoule, conclut tante Élisabeth, le cœur gros.
Ce jour-là, le baron de Raittolbe, qui, depuis le retour de Raoule, n'avait pas mis les pieds à l'hôtel, se présenta. Très grave, très réservé, il remit aux mains de la tante des cartes d'entrée pour l'enceinte du pesage sans qu'un seul instant son regard affrontât celui de la nièce. Raoule abandonna le nouveau roman qu'elle lisait et, tendant sa belle main:
—Baron, dit-elle, j'ai obtenu de notre chère chanoinesse une invitation en règle pour votre architecte, vous savez M. Martin Durand.
—Mon architecte?... ah! oui, j'y suis... celui que j'ai rencontré dans un cercle artistique; un garçon d'avenir... il a concouru avec honneur pour la dernière Exposition universelle... Mais, mademoiselle, je n'ai jamais demandé...
—Je sais que vous n'avez pas insisté, interrompit Raoule d'une voix brève, pourtant je l'ai fait, moi... Votre ami (elle appuya sur ce titre) sera des nôtres avec M. Jacques Silvert, le peintre que nous avons été voir ensemble, boulevard Montparnasse.