Mlle de Vénérande daigna, en effet, surveiller et diriger les préparatifs. Elle déclara qu'on ouvrirait le salon du centre, ainsi que la pièce attenante à la serre où les fleurs exotiques, à l'éblouissante clarté du magnésium, apparaîtraient dans tout l'éclat de leurs véritables nuances. Raoule n'admettait pas qu'on pût donner un bal pour l'unique et monotone plaisir de réunir beaucoup de monde. Il lui fallait en plus l'attrait d'une originalité quelconque à offrir à ses invités.
En face la serre, dans la galerie de tableaux, un buffet, monté sur colonnettes de cristal, offrirait aux sportmen les plus altérés par la poussière de Longchamps une inépuisable fontaine de Roederer.
Raoule, en soumettant les invitations à sa tante, lui dit d'un ton dégagé:
—Je vous présenterai mon élève, vous savez? l'auteur du bouquet de myosotis. C'est un garçon si courageux, ce petit fleuriste, qu'il faut le récompenser. D'ailleurs, nous recevrons un architecte amené par de Raittolbe; c'est un parti pris, maintenant, les artistes sont accueillis dans la meilleure société, sans cela on serait envahi par les bourgeois qui sont bien pires encore!
—Oh! oh! Raoule, murmura sur un ton effrayé dame Elisabeth, ce n'est là qu'un élève, un inconnu.
—Mais, ma chère tante, c'est pour cela qu'il faut l'inviter, ce jeune homme, les plus grands talents ne seraient jamais arrivés si on ne les avait aidés à se faire connaître.
—C'est juste; cependant... il m'a semblé sortir de la plus basse classe, l'éducation doit lui manquer...
—Est-ce que vous trouvez mon cousin René bien élevé, ma tante?
—Non; il est même insupportable avec ses anecdotes de coulisses et ses mots d'acteurs, mais... il est ton cousin!
—Eh bien, l'autre, au moins, ne sera pas de ma famille, nous ne partagerons pas la responsabilité de sa mauvaise éducation, en supposant, ma tante, que ce garçon ne sache réellement pas se tenir dans notre monde.