—Oui, Martin Durand doit être la garantie de Jacques Silvert. D'ici à huit jours, il faut qu'ils aient fait connaissance. Occupez-vous de cette affaire, moi je n'en ai pas le temps.

—Ah!... voilà qui s'appelle une mission délicate, Raoule; si je m'en charge, ne m'attirerai-je pas les reproches de votre tante?

—Il a été une époque où la tante ne comptait pas pour vous, de Raittolbe.

—Diable! mais à l'époque dont vous parlez, Raoule, j'espérais devenir le mari de la nièce!

—Aujourd'hui, vous en êtes le plus intime camarade. Chacun admet que vous en usiez vis-à-vis de ma tante avec la liberté d'un commensal. Vous êtes de plus le mentor de mon cousin René. Ces jeunes gens sont de son âge, présentez-les lui... Enfin, arrangez-vous.

—Il suffit, répondit de Raittolbe s'inclinant.

Une minute, ces deux camarades s'examinèrent comme deux ennemis avant le combat.

Il était clair pour de Raittolbe que Raoule lui dissimulait quelque chose; il était clair pour Raoule que de Raittolbe se sentait coupable.

—Vous avez revu Jacques? demanda enfin le baron, affectant la plus complète indifférence.

Mlle de Vénérande jouait avec un pistolet chargé à poudre, et ce fut avec une non moins complète indifférence qu'elle visa l'ex-officier au cœur et tira. Un nuage de fumée les sépara.