- Contes et Nouvelles.
- Dans le Puits.
- Le Dessous.
- L’Heure Sexuelle.
- L’Imitation de la Mort.
- La Jongleuse.
- Le Meneur de Louves.
- La Sanglante Ironie.
- Son Printemps.
- Théâtre.
- La Tour d’Amour.
- La Princesse des Ténèbres.
- La Théâtre des Bêtes.
IL A ÉTÉ TIRÉ DE CET OUVRAGE :
Vingt-cinq exemplaires sur Hollande Van Gelder
numérotés de 1 à 25
Trente exemplaires sur papier Lafuma
numérotés de 26 à 55
Cent exemplaires sur Alfa numérotés de 56 à 155
Copyright 1928 by J. FERENCZI ET FILS.
Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation, réservés pour tous pays.
REFAIRE L’AMOUR
I
Comme un chien fidèle, mon désir t’a suivie jusqu’au tournant de cette route, le nez dans ta robe, sans voir, sans entendre, sans essayer de comprendre, ne cherchant plus qu’à te sentir vivre du même frisson que le sien. Mais d’un geste excédé, tu as laissé tomber la chaîne qui nous liait : je ne devais plus marcher à ton ombre, mes pas dans tes pas. J’ai attendu un nouveau signe de ta main, un mouvement des épaules, une petite inclination de la tête me rappelant, et ta silhouette, raidie par une obscure volonté, s’effaçait peu à peu derrière les arbres, rentrait dans la nuit, épaississait l’incertitude. Désormais tu t’en irais seule vers un autre destin très inconnu. Tu ne pouvais plus me souffrir. Je m’étais rendu insupportable. Tu m’avais trop porté ? En amour, il y a donc des choses plus sérieuses que l’amour ? Pourquoi m’avoir tant aimé ou me l’avoir laissé croire ?… Moi, tu sais bien, je n’ai pas d’âme, je ne saisis pas toutes les intentions dont les enfers de vos cœurs de femmes sont pavés. Je ne suis qu’une pauvre bête. De toutes les lois que vous nous imposez, je n’ai retenu que celle de l’obéissance, je ne peux vouloir que ta volonté.
Alors, je suis parti, en sens inverse, je me suis éloigné du tournant dangereux de notre route où tu m’aurais peut-être frappé, où je t’aurais peut-être mordue. Puisque tu me défends de te suivre ainsi, le nez dans ta robe, mendiant le pain blanc de ton corps, je te suivrai… en allant à ton avance. Cercle vicieux, la terre est ronde, et, nous fuyant chacun de notre côté, nous nous rencontrerons fatalement ; ce n’est qu’une question de temps. Non ! je ne plaisante pas ! Je m’en vais, je cours, je me sauve de toi et du désespoir, front bas, aveuglé par la poussière que je soulève, aimanté vers mon pôle. Qu’est-ce donc que le temps pour la brute humaine, puissance inhumaine, qui peut s’offrir, en espérance ou en réalité, toute la joie du monde ? La joie unique au monde… Cela ne me lassera pas de te chercher parmi les formes, les couleurs, les parfums, car je suis le faiseur d’images.