— Coquette ! Que diable voulez-vous que ça fasse à votre vieil ami, votre ami de huit jours, que vous soyez en bleu ou en noir ?
Elle murmure, offensée :
— Oh ! je comprends bien : c’est pour ma bouche, mais le reste n’est pas mal non plus. Je veux mon portrait tout entier, moi.
Je crois qu’elle pose des conditions. Ou c’est très naïf, ou c’est trop précis.
Le chauffeur revient, il n’a aucune cigarette et sent le rhum. Je ferme la portière en lui indiquant la rue de Rennes, au hasard.
— Où allons-nous, Madame ? (J’ajoute, plus bas) : Où allons-nous, Bouchette ?
Elle éclate de rire et se laisse entourer de mon bras, embrasser, tout en intercalant adroitement sa joue entre ses lèvres et les miennes.
— Ne me faites plus peur, monsieur Montarès, ou je descends. C’est votre voiture, ça, ce n’est pas un taxi, alors, c’est presque chez vous, recevez-moi poliment. Je voudrais tant qu’on ne se dispute pas ! Aurez-vous le cœur de me forcer à descendre par ce vilain froid ? C’est que, moi, je n’aime pas les scènes. On peut très bien s’expliquer sans se fâcher et si ça ne va pas, on tire, chacun, sa révérence. Pourquoi me feriez-vous repentir d’avoir confiance, puisque vous avez besoin de moi, que je vous plais pour un dessin ?…
Elle regarde droit, parle si simplement qu’on n’a pas envie, en effet, de lui gâcher sa joie de petit modèle flatté. Elle semble enchantée de sa dangereuse escapade. Après tout, maintenant que je la tiens, j’ai le temps… Amusons-nous à lui faire la cour.
— Bouchette, avez-vous pensé à moi durant cette longue semaine où j’ai désespéré de vous revoir ?