— Qu’est-ce que vous faites, dit Raoule Pierly, tout à coup très hautaine, de la nervosité de vos victimes ? Il y a les jours de mélancolie où on attend l’âme sœur et non pas le champion de boxe. Où l’on désire causer et non pas se battre. Il y a de l’électricité dans l’air, et ce qui domine c’est encore le parfum des fleurs, bien plus fort en temps d’orage, des fleurs que l’on voudrait respirer à deux sans penser à les cueillir…

L’idée que cette grande prostituée peut avoir une notion de la pudeur, au fond de son métier abominable me révolte, m’exaspère et je crache :

— Oui, Madame, toute l’électricité que vous voudrez, mais c’est généralement en pressant un bouton qu’on obtient la lumière.

Elles sont furieuses, m’injurient, en tumulte.

— Insolent ! murmure Raoule Pierly écœurée.

— Lâche ! fait Clara Lige, très digne.

— Je voudrais avoir des indications sur la prise du courant, insinue Hubertine.

— La lumière est éternelle ! rêve Sorgah qui pense, sans doute, au soleil de son pays.

— Eh bien, mesdames, puisque la pudeur est, ce soir, votre dada, nous demandons à éteindre toutes les lumières. On verra ce que ça donnera, déclare Carlos qui commence à s’attendrir, un peu trop, à mon avis, sur les épaules de Sorgah.

— Moi, je propose une autre expérience, dis-je subitement emporté par une idée folle. Selon vous, Mesdames, la pudeur est une loi d’amour et une des plus rigoureuses. Nous devons tous en demeurer certains, ici, par courtoisie, d’abord et aussi parce qu’il vous est facile de nous le prouver. Eh bien ! Supposez qu’on vous offre la possibilité d’abolir cette pudeur sans que vous y soyez consentantes, que, demeurant innocentes de tous les gestes, une loi plus forte que votre… chasteté naturelle vous contraigne à n’en pas tenir compte ? En un mot si un aphrodisiaque vous paralysait sous le seul rapport de la pudeur : qu’arriverait-il ?