— Pas au sien. Il est trop laid ! Mais j’ai juré, ça suffit… Au revoir !
Et elle part en coup de vent. J’entends crier les gonds de la grille appelant au secours pour une petite femme qui se noie dans la grande mer des illusions.
Je ne suis pas triste. Je ne suis pas gai. Calme plat.
Le docteur Boreuil arrive, correctement, vers huit heures. Il pénètre dans mon atelier avec l’air intrigué de l’homme qu’un grave problème philosophique préoccupe et tout plein de son sujet :
— Voyons, Montarès, que signifie cette mystification, chez Carlos Véra, hier ?… me dit-il.
— Pourquoi me demandez-vous ça ?
— Parce que j’ai regardé votre pastille de près. C’est du simple chlorate de potasse, des bonbons anodins pour la toux et, même parfumé à la violette, le chlorate de potasse n’est pas un aphrodisiaque, sacrebleu !
— Si !
Il pouffe. Je lui offre des cigares.
Confortablement installés en deux fauteuils face à la scène qui représente l’esquisse de ma Jeunesse, du rose, du blanc, l’idylle pure d’un corps ignorant sa nudité avec le satin le pressant de son enveloppe, nous ne sommes plus que deux hommes assagis, très blasés, très loin de la servitude mondaine qui nous a enseigné le respect de la femme.