J’ai dit ça malgré moi, absolument comme mon chien Sirloup, qui n’a plus confiance en elle, gronde, intérieurement.
Il faut se défier de certains animaux. Leur instinct est plus sûr que tous les calculs humains ou inhumains.
Elle rit d’un rire méprisant :
— En attendant, tâchez de calmer votre chien ou je ne descends pas.
Je prends Sirloup par le collier, je l’amène à ses pieds :
— Tu vois cette femme, Sirloup ! Il faut l’empêcher de sortir. Je te défends de la quitter d’un pas. Je t’institue son gardien, même contre moi, même si je lui permettais de partir.
Sirloup a enfin compris qu’il faut aimer la dame par amour pour moi. Lui, le brave animal n’a pas les préjugés sociaux. Il est le chien, sans arrière-pensée, ne ronge pas sa chaîne en essayant de tout casser pour redevenir libre. Où il est attaché, il aime ! Et il se rend compte immédiatement que la révolte est inutile parce que rôdent autour de nous des forces inconnues dont nous ne sommes pas responsables, qui nous dominent et nous font prisonniers au moment où nous nous y attendons le moins.
Couché à ses pieds, il soupire, se résigne, tire sa langue héraldique pour lécher doucement ces deux petits museaux de velours qu’il pense doués d’une vie à part.
— Nous avons la paix avec celui-ci, murmure Pauline Vallier ; à l’autre maintenant.
Elle descend de l’estrade et va, suivie de Sirloup, se jeter sur le divan.