Et Nestor ajoute, sentencieusement :

— Moi, je disais bien que ça finirait mal ! Ce chien avait quelque chose de pas ordinaire à gratter la terre perpétuellement.

XXI

Je suis resté très longtemps absent et je reviens chez moi comme un étranger qui a perdu l’habitude de vivre à la même place. Tout m’importune et me cause un étonnement de mauvais goût. Suis-je guéri ou encore malade ? Je trouve la maison trop petite, le jardin inutile, ses trois arbres centenaires trop grands et cette vasque, ce miroir de poche d’une eau sombre, où je me vois en noir, me fait sourire de pitié.

Francine, qui m’accompagne dans ma promenade autour de ma cage parisienne, m’explique, les yeux mouillés d’émotion, les différents changements survenus pendant mon absence et elle parle à voix basse comme si quelqu’un était mort.

— Vous aviez bien recommandé de lui donner de l’air et de la lumière à cet arbre, et nous avons fait venir des ouvriers pour enlever le toit et arranger les châssis pour qu’on puisse les lever ou les baisser selon le beau ou le vilain temps. Ah ! Monsieur ! Ces ouvriers de huit heures… il y en a un qui a posé son échelle juste sur la branche du platane et l’a cassée au ras de l’écorce ! Quand on pense que tout ce qu’on faisait c’était pour elle ! Mais que Monsieur ne s’en désole pas. Le printemps prochain vous verrez une autre pousse. Je le sais bien, moi, qui en ai détruit le germe si souvent. J’y veillerai, Monsieur, je vous le promets.

Je hausse les épaules. Au fond, l’aventure de la branche cassée ne me touche pas énormément.

— Et le portrait ?

— Selon les instructions de Monsieur, on l’a emballé, roulé et cacheté, porté à l’adresse laissée par Monsieur. On a retiré un reçu de la patronne de l’hôtel de Flandres, mais on n’a pas d’autre preuve de son arrivée chez cette dame qui a eu si peur d’être mordue.

Je m’arrête devant un parterre de pensées flétries, ayant dû fleurir, du violet brun au mauve rose, le carré de gazon, un peu surélevé, qui recouvre la tombe de Sirloup. C’est là que je l’ai fait allonger dans sa pose de chien héraldique, le museau appuyé sur ses deux pattes en croix. Mon Sirloup ! Là je ressens un violent spasme de douleur intérieure. Je ne me rappelle plus, de la femme, que la mort du chien ! Tout est aboli, détruit, assassiné, nuis j’entends encore l’aboiement lugubre de mon compagnon de route. Il m’a suivi pendant tous mes voyages et je me suis retourné bien souvent pour l’écouter derrière ma voiture, après laquelle son ombre douloureuse courait.