— On ne peut te rompre, car tu n’es que d’une seule pièce.
Puis il éleva la voix :
— Je veux t’achever. Tu es mon œuvre !
Et il se retourna vers Florence. Il vit une étoile, et la tour du dôme. Et autour de ses pieds était le soir.
Tout à coup, arrivé à la Porta Romana, il hésita. Les deux rangées de maisons s’étendirent vers lui comme des arbres, et déjà elles l’avaient saisi et tiré dans la ville. Toujours plus étroites et plus crépusculaires devenaient les rues, et lorsqu’il entra chez lui, il se sentit entre des mains obscures auxquelles il ne pouvait plus échapper. Il s’enfuit dans la salle, et de là dans la chambre, à peine longue de deux pieds, où il avait coutume d’écrire. Les murs de la pièce se rapprochèrent de lui, et l’on eût dit qu’ils luttaient avec sa démesure et le repoussaient dans sa forme, ancienne et étroite. Et il se laissait faire. Il se mit à genoux et se laissa former par eux. Il sentit en soi une humilité, et éprouva le désir d’être petit. Et une voix vint :
— Michel-Ange, qui est en toi ?
Et l’homme, dans sa chambre étroite, posa son front dans ses mains, et dit d’une voix basse :
— Toi, mon Dieu, qui d’autre ?
Alors l’espace s’élargit autour de Dieu, et il leva librement son visage qui était au-dessus de l’Italie, et regarda autour de soi : avec leurs manteaux et leurs mitres, les saints étaient debout, et les anges allaient avec leurs chants, comme avec des brocs d’eau luisante, parmi les étoiles altérées, et le ciel n’avait pas de fin.
Mon ami paralytique leva les yeux et suivit les nuages du soir, à travers le ciel.