— Tenez, voici son portrait. Il est un peu flatté. Sa figure n’est pas aussi claire, mais plus… chère, plus simple. Dans un instant, je vais vous montrer notre enfant qui dort à côté. C’est un garçon. Il s’appelle Angelo, comme son père, qui est en voyage à présent, très loin.

— Et vous êtes toute seule ? demanda le docteur distraitement, toujours encore penché sur le portrait.

— Oui, moi et l’enfant. N’est-ce pas assez ? Je vais vous raconter pourquoi. Angelo est peintre. Son nom n’est pas très connu. Vous ne l’avez sans doute pas entendu. Jusqu’à ces derniers temps il a lutté, avec le monde, avec ses projets, avec lui-même, avec moi. Oui, avec moi aussi. Car depuis un an, je le suppliais : pars en voyage. Je sentais combien cela lui était nécessaire. Un jour il dit en plaisantant : « Moi, ou un enfant ». « Un enfant », dis-je, et il est parti.

— Et quand reviendra-t-il ?

— Quand l’enfant saura prononcer son nom, c’est ce que nous avons convenu.

Le docteur voulut faire une remarque. Mais Clara rit :

— Et comme c’est un nom difficile, nous devrons attendre quelque temps encore. Angelino n’aura deux ans que cet été.

— Étrange, dit le docteur.

— Quoi, Georg ?

— Que vous compreniez si bien la vie. Comme vous êtes grande, comme vous êtes jeune ! Qu’avez-vous donc fait de votre enfance ? Nous étions cependant tous deux, des enfants si dénués de tout. On ne peut pourtant pas changer, ou faire en sorte que cela n’ait pas été.