[3] Anthologie grecque : Epigrammes funéraires, 487 sqq., 604, 649.
A Sparte, sous l’impulsion de Lycurgue, l’éducation des jeunes filles a un caractère tellement masculin que les Lacédémoniennes étaient généralement traitées, non sans mépris, d’andromanes. Le législateur voulut que les filles se fortifiassent en s’exerçant à la course, à la lutte, à lancer le disque et le javelot, afin que les enfants qu’elles concevraient prissent une plus forte constitution dans des corps robustes, et qu’elles-mêmes, endurcies par ces exercices, supportassent avec plus de courage et de facilité les douleurs de l’enfantement. Pour prévenir la mollesse d’une éducation sédentaire, il les accoutuma à paraître nues en public, comme les jeunes gens ; à danser, à chanter à certaines solennités en présence de ceux-ci. Leur nudité, dit l’historien, n’avait rien de honteux, parce que la vertu leur servait de voile !
Il ajoute cependant que ces danses et ces exercices étaient une amorce pour le mariage : car les jeunes filles, à se « donner ainsi des coups de pieds dans le derrière », comme dit plaisamment Lampito, gagnaient un teint vermeil, une vigueur à étrangler un taureau, des seins superbes que Lysistrata paraît éprouver une certaine joie à tâter[4].
[4] Plutarque, Lycurgue, ch. XXI, XXII ; Aristophane, Lysistrata.
La vertu est d’ailleurs préservée aussi sévèrement que la vie même : car l’attentat à la pudeur sur une jeune fille était puni de mort. Il paraît donc difficile d’admettre l’assertion du philosophe académique Agnon, rapportant que chez les Spartiates il était permis par les lois de jouir des jeunes filles avant leur mariage, comme des jeunes garçons.
Mais il ne faut pas davantage s’imaginer que le baiser virginal était exempt de tout désir charnel. Solon lui-même a loué dans ses vers « la beauté attrayante des cuisses et le miel d’un doux baiser ». Et c’est encore de « la beauté adorable des chastes cuisses » que parlent Eschyle et Sophocle sur la scène[5].
[5] Athénée, Banquet des savants, XIII, 8.
Ce fut chez les Athéniens que Cécrops établit le premier l’union individuelle d’un homme et d’une femme, car, avant lui, les femmes étaient en commun, et en usait qui voulait, au gré de sa passion ; personne, par suite, ne connaissait son père, dans le nombre de ceux qui avaient donné le baiser d’amour à leur mère.
Mais s’il n’était permis d’épouser qu’une femme, on gardait la liberté d’avoir légalement des enfants d’une seconde, comme concubine, cette dernière n’étant pas citoyenne. Ce décret avait été motivé par la nécessité d’assurer aux femmes, malgré le petit nombre des hommes, la jouissance du baiser sexuel sous une forme avouable[6].
[6] Athénée, Banquet, XIII, 1.