Le malamute se tourna vers le bon gros dogue:

—Ne faites pas attention! Ce bâtard radote. Est-ce qu'il est capable de trouver sa vie en liberté?

Sans bruit, les autres chiens indiens ricanèrent, et leur chef continua:

—Ça ne sait rien, ces enfants des villes, pas même écorcher un hérisson du coin des lèvres, sans se piquer... Et puis, demain, le froid les calmera. Avez-vous remarqué quatre soleils aujourd'hui, et, autour, des cercles, comme des yeux de hibou la nuit? Oui? Eh bien, c'est le signe d'un refroidissement tel que, dans quelques heures, la langue de ceux qui ouvriront la gueule pendra dehors, gelée, comme un bout de stalactite. J'ai vu ça, moi qui vous parle, et je n'ai pas quinze ans!

Il se tut, soupira une fois, et se tourna en tire-bouchon pour dormir au fond de son trou, dans la neige.

Mais le bivouac s'était réveillé à ses terribles prédictions. Un souffle d'inquiétude sortait des gueules, et Pitou, qui ne voulait plus se sauver, mais qui voulait rester le chef, eut une inspiration de génie. Il se tourna vers Caton:

—Voici le coupable, frères et amis! C'est lui qui nous mène chaque jour au caprice de son museau du Labrador! C'est lui qui nous fait courir, pire que des chevaux, sur des pistes où il est le seul à sentir quelque chose. Le maître le suit toujours: donc, à lui de nous ramener demain en arrière... Entendez-vous, maître Caton!

Pas de réponse, si ce n'est une queue raide, deux oreilles couchées, une lèvre vilainement retroussée sur des crocs très pointus. Et puis, au fond des yeux jaunes, il y avait sûrement de la rage. Pitou se retourna vers ses troupes: elles étaient prêtes à le suivre, s'il avançait. Les malamutes dormaient en un cercle parfait, prenant la vie comme elle venait, et, somme toute, contents de servir qui les nourrissait. Mais le Saint-Bernard, la tête de trois quarts, avait un œil ouvert sous une oreille des plus ironiques.

Quand les gros chiens regardent les petits comme ça, les petits ne savent plus ce qu'ils font. Pitou sauta sur Caton: le roquet jaune le terrassa, le cloua à terre, où il commença à râler. Les autres se précipitèrent à sa rescousse, quand accourut Tildenn. L'ordre fut tôt rétabli à coups de fouet. Cependant Caton fut épargné dans cette distribution: même, le maître examina soigneusement chacune de ses pattes, comme si elles eussent été plus précieuses que celles de ses camarades. Aussi, quand il se fut retiré, pour se venger, les fouettés entonnèrent un hymne à la lune, où, sans s'arrêter, ils répétèrent trois mille six cent fois chacun en sept heures:

—Caton est fou, fou, fou!... Ou, la la-houh! La hou hou hou-hou-hou!