—L'amour est pourpre, et, comme l'astre des nuits, croît, brille et meurt... Écoutez, voici le sens de l'écriture. C'est une des plus vieilles poésies de mon pays.
Elle prit sa guitare:
Ô mon amour, si tu meurs, tu n'iras pas à la tombe,
Car je boirai plutôt tes cendres dans une coupe de nectar...
Bercée, emportée par la mélodie, la danseuse était perdue au loin, dans un rêve, à Yokohama, au pays des dieux, et ce fut presque sans surprise qu'elle entendit une belle voix, au dehors, répéter après elle:
Omaé shindara téra iva yaranou!
Topsy reprit le second vers:
Yaété konishiti saki dé...
Elle n'acheva pas: aussi blanche que la neige, Aélis venait de chanceler, puis s'était prise au kamidana pour ne pas tomber. Topsy jeta sa guitare, courut à elle, l'obligea doucement à s'asseoir dans un fauteuil. Ensuite, elle se retourna, et celui qui venait de lui donner la réplique entra sans frapper. Quoique ses visites fussent rares, elle le connaissait bien d'avance: ils n'étaient que deux, dans Dawson, à connaître le texte original de la chanson d'amour. Alors elle s'avança, les deux mains sur la poitrine, le sourire de sa race aux lèvres: en arrière, Manéki-néko tendait toujours ses pattes de velours, par-dessus la tête penchée d'Aélis. La veilleuse s'éteignit brusquement au souffle froid de la rue.
—Topsia, petite Topsia, me voilà de retour!... Et, cette fois, j'ai trouvé plus d'or que n'en tiendrait ta maison.
Les yeux d'Orient brillèrent comme ceux d'un serpent: la geisha passa ses bras au cou de celui qui apportait ces bonnes nouvelles. À plusieurs reprises, il la baisa sur les lèvres ainsi qu'un ivrogne ou un amoureux.