»—Merluche je deviendrai assez vite, Votre Honneur, au régime des conserves, et, pour ce qui touche à ma moitié, elle restera domiciliée à New-York, comme par devant, jusqu'à ce que...

—Je ne veux pas, Pat: c'est toi, toi que je veux! larmoya Brigitte.

—Allons, allons, la vieille, passe-moi le cruchon au lieu de m'interrompre. Pas celui-là: le sergent l'a vidé... Sans reproche, hein?... Merci. Et je te rapporterai des richesses et des falbalas pour t'en aller sur la Cinquième Avenue, et nous aurons à dîner, ce jour-là, toute la police de New-York.

—Bravo! Vive O'Hara d'Alaska! crièrent ses amis enthousiasmés.

Le wisky commençait à râcler les gorges, que cicatrisait la fumée des havanes; la conversation devint bruyante autour de la carte des glaciers aurifères, devant le petit sac de peau de daim où l'ex-policeman mettrait les pépites glanées chaque jour. On admira le mercure qui, paraît-il, soutire l'or là où il y en a, comme un pick-pocket dans la veste d'autrui; et le sergent offrit de recommander le futur mineur à un sien cousin qui balayait une banque de quatre à six: ça lui servirait à se faire ouvrir un compte pour ses dépôts d'Alaska. Seulement la jeune recrue proposa une autre banque, et, comme Dieu a créé de toute éternité les Irlandais pour se casser mutuellement la tête, la surprise-party du sergent et de ses sept hommes se termina par une bagarre telle que jamais Caton n'en revit une pareille au cours de ses fantastiques aventures vers le pôle Nord.

Quant à son maître, il avait depuis longtemps roulé dans un coin, et souriait à la voix mystérieuse, diable ou ange, qui lui scandait cette phrase avec le balancier de l'horloge:

«Va avec lui! Tu feras fortune!»

Pour le réveiller, il fallut, le lendemain, à la première heure, le seau d'eau et le balai de Brigitte, plus cette désagréable apostrophe:

—Brute! oh! brute d'homme! est-ce que tu pourras mieux te soûler quand tu l'auras enfin, ta fortune maudite?

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