Une scène bien différente s'était passée la veille au couvent des Ursulines de la 132e rue, où, du temps de son grand-père, Aélis avait obtenu la couronne d'honneur de sa division. Elle sonna au tour, par derrière lequel on voyait sans être vu, et dit:
-Ma sœur, voulez-vous me passer la clef du troisième parloir des religieuses? Je suis Aélis d'Auray et je voudrais causer avec la mère Saint-Joseph.
Sans répondre un mot, la tourière lui envoya ce qu'elle demandait, et la jeune fille s'en alla, par les appartements déserts, jusqu'à la double grille du dernier parloir. Elle s'assit tout contre, s'y accrocha même, pour retrouver le passé, la jeunesse insouciante et pure, les prières et les jeux; tout ce qui se levait dans l'ombre du cloître l'y accueillait, malgré cette barrière, et lui criait de mille voix aimantes: «Aélis! Ô Aélis, revenez-nous!» Elle n'entendit pas la porte intérieure s'ouvrir, des pas glisser dans le parloir comme ceux d'une morte; elle ne se réveilla qu'au doux appel de mère Saint-Joseph: «Bonjour, ma petite fille!» et lorsqu'à travers le réseau opposé elle put saisir le doigt de la bonne religieuse.
—Ma mère!... mère Saint-Joseph!... que je suis heureuse de vous revoir!
—Pas plus que moi, Aélis. Vous nous aviez un peu négligées, ces temps derniers.
—C'est vrai... mais, en retour, j'ai une grande nouvelle à vous annoncer.
—Ah! je sais, je devine!... Eh bien, vous êtes faite pour le monde...
—Est-ce qu'on peut rien vous cacher, mère? ou bien, êtes-vous sorcière?... Oui, vous ne vous trompez pas, je vais me marier, ou plutôt je me suis fiancée!
La religieuse contempla ce pur ovale qu'elle trouvait—était-ce un péché?—plus beau que celui de la Vierge, dans la chapelle:
—Est-il bon, au moins, votre jeune homme, Aélis? Est-ce un fervent catholique?