Une voix arriva de très loin, à moitié étouffée:
—Oui!... Ohé, hisse!
Les deux hommes se mirent à manœuvrer le tourniquet autour duquel s'enroulait le câble ascenseur:
—Il aurait dû accrocher les baquets l'un après l'autre, dit l'Irlandais. C'est diablement lourd... Prenez garde à ce que vous faites, Robert; appuyez sur...
Il n'acheva pas: à la pâle lueur des nuits de six mois, il aperçut sur le visage de son ami quelque chose qui lui fit peur et, malgré lui, le força de regarder dans la même direction. Aussitôt, il jeta un grand cri, lâcha sa manivelle et se sauva vers la cabane. Il n'y avait pas de cran d'arrêt, et la corde commença à se dérouler malgré les efforts désespérés du Français.
—Pat! Pat O'Hara!... Au secours, au nom du ciel!
Pat fuyait toujours. Ce fut Tildenn qui accourut à sa place:
—Qu'est-ce qui se passe par ici? Oh!...
Lui aussi venait d'apercevoir ce qui pendait au bout du câble, ce qu'il se mit à hisser hors du puits avec Robert. Quand il fallut desserrer le nœud coulant que Mac Donald avait glissé autour de son cou avant de crier: «Ohé, hisse!» il fut pris d'un tel tremblement nerveux qu'il dut se rouler dans la neige pour redevenir maître de lui. Tout ce qu'ils essayèrent, du reste, pour ramener le petit Écossais à la vie fut inutile: probablement, Pat, en lâchant brusquement le tourniquet, avait hâté sa mort. La bouche convulsée, une terrible expression d'angoisse sur les traits, il gisait là, à la renverse, le mineur de vingt ans, enfin délivré de la misérable existence animale du Yukon. Peut-être qu'en prêtant bien l'oreille on l'eût entendu murmurer une dernière fois: «J'étais trop faible... j'ai été vaincu. Il ne faut pas venir ici... il ne faut pas...»
O'Hara n'était pas dans la cabane: quand les deux vivants se virent seuls avec ce mort que la suffocation avait hideusement défiguré, ils prirent peur de la grande Inconnue. Tacitement, ils eurent la même pensée: