—Caton! Viens, mon petit!
«Mon petit» se sauva un peu plus loin, la queue entre les jambes. Au même instant, deux mains solides serrèrent le cou du Français, deux lèvres charnues s'appliquèrent sur les siennes, tandis qu'une effroyable odeur de poisson pourri lui montait à la tête... Et il entendit des mots entrecoupés:
—Mon gâasson! Mon ché gâasson!
C'était elle, la femme nº 2 de Pat O'Hara, et effroyable, et vieille, et civilisée, elle, une Tagish, à en juger par son baiser sur la bouche et son mauvais canadien de sauvagesse!... L'infortuné Robert défaillit une seconde, appela à son aide tous les saints du paradis, glissa entre les bras qui l'enlaçaient, et, hors d'haleine, se réfugia sur la colline, à côté de Caton.
—Pas moi! moi pas!... moi mauvais homme, très pas bon... Lui venir bientôt... là-bas...
Cependant la Tagish, pour mieux saisir sa pantomime, semblait vouloir se rapprocher. Et nul jarret, pas même celui des orignals, ne vaut celui des filles d'Alaska. Mais Tildenn apparut à l'horizon, tirant un autre traîneau, que poussait, par derrière, la victime expiatoire.
Lorsque la squaw reconnut son aimé, elle partit dans sa direction, comme une flèche. Tom qui la vit venir, ne perdit pas la tête; il lâcha sa corde, tourna autour de la charge, et poussa l'Irlandais en avant:
—Pat, c'est votre femme, je pense!
Pat hésitait: Tildenn, alors, le désigna du doigt à la sauvagesse, et elle lui sauta au cou.
—Le voilà, lui, oui, lui! C'est ça, embrassez-vous, et puis faites-nous la cuisine... Holà! Robert, Caton! qu'est-ce que vous faites là-haut!