Ordre fut donné de percer une spacieuse avenue suivant l'exacte indication fournie par la portion intra-muros de la ligne, pour assainir le triste coin où, faute d'air et de clarté, sévissaient de nombreuses maladies.

Le lendemain, Charles III fit exposer au centre du quartier intéressé le plan à la marque prometteuse, pour que les habitants pussent d'avance se réjouir.

On indemnisa ceux que lésaient les démolitions, et l'œuvre s'accomplit.

Vers le premier tiers des travaux, un pauvre ouvrier graveur nommé Yvikel, habitant une ruelle obscure et infecte entre toutes, avait vu soudain la brise et le soleil entrer à flots dans sa maison, dont la façade, par chance, était sur l'alignement de la nouvelle avenue.

Or Yvikel, veuf, n'avait au monde que sa fille unique Blandine, adolescente de fragile nature, qui, depuis un an, pâle et secouée par la toux, déclinait de jour en jour, clouée en son lit par la faiblesse.

S'épuisant de travail pour payer soins et remèdes, Yvikel avait résolu de se tuer après le décès de son enfant, qui seule l'attachait à la vie,—quand l'enivrante transformation de son logis lui fit concevoir l'espoir d'une guérison.

Le printemps commençait. Blandine, de son lit, traîné contre la fenêtre ouverte, se grisa éperdument d'oxygène et de rayons. Pleurant de bonheur, son père la vit reprendre des forces et du teint, tandis que les quintes s'espaçaient. La victoire était complète au moment où s'achevait l'avenue.

Dans son délire de joie, Yvikel voulut témoigner par un hommage divin sa reconnaissance au roi, dont l'œuvre louable était la cause de son ardente félicité.

C'était l'usage alors, quand par des prières à telle adresse on obtenait quelque merveilleuse guérison, de faire graver sur soie, en réservant le parchemin aux seuls textes religieux, un sujet naïf où l'auteur du miracle, auréole au front, tendait sa main puissante vers le chevet occupé par l'être cher sauvé de la mort. L'œuvre, encadrée, servait d'ex-voto et venait accroître tel groupe de ses pareilles, qui partout ornaient en foule les autels de Jésus, de la Vierge et des saints.

Yvikel, qui, fort habile en son art, avait plusieurs fois, sur commande, exécuté des ex-voto de ce genre, projetait d'en offrir un au roi.