Pourvu de son matériel exact des derniers temps, Jerjeck, mort, fit, en ratures d'abord, en cire nocturne ensuite, un Gilles identique à celui qui, de son vivant, avait paru dans les minutes en cause. L'expérience, renouvelée, fut chaque fois concluante, touchant l'extraordinaire finesse de l'œuvre ainsi créée.

*
* *

6o Le sensitif écrivain Claude Le Calvez, qui, peu de temps avant sa fin, atteint à son su d'une affection d'estomac sans recours et nerveusement terrifié par l'approche de la mort, avait demandé lui-même à être, dès son dernier soupir, accommodé à souhait dans la glacière de Locus Solus, trouvant un peu d'adoucissement à ses angoisses devant le néant dans la pensée d'agir encore après le grand moment redouté.

L'heure venue, on s'aperçut que les façons du défunt se rapportaient à un traitement médical récemment suivi par lui.

L'année précédente, un illustre praticien, le docteur Sirhugues, avait trouvé le moyen d'émettre certaine lumière bleue qui, bien que très faible d'éclat, contenait une merveilleuse puissance thérapeutique et se chargeait, intensifiée par une immense lentille, de rendre promptement de la vigueur à tout valétudinaire soumis après dévêtement, soit de jour, soit de nuit, à ses mystérieux rayons.

Placé au foyer de la lentille, le sujet, en proie à une folle surexcitation et souffrant d'une cruelle brûlure générale, s'efforçait de fuir. Aussi l'enfermait-on étroitement dans une sorte de cage cylindrique à forts barreaux, qui, établie juste au lieu indiqué, avait reçu le nom de geôle focale.

D'un maniement encore précaire la rendant souverainement dangereuse, l'étrange lumière, à peine agissante sur la vue et rebelle à toute photométrie, eût pu tuer le turbulent détenu, en cas de soudaine prodigalité fortuite et insoupçonnée de l'appareil qui la créait; comme toute marque tracée sur une surface quelconque mise près du foyer de la lentille s'effaçait vite à son terrible contact, Sirhugues songea que, par sa contenance dans la geôle aux moments voulus, quelque gravure déjà ancienne ayant fait preuve d'exceptionnelle résistance pourrait jouer le rôle d'avertisseur.

Grâce à d'actives recherches, il trouva chez un antiquaire, en réponse à ses désirs, un plan de Lutèce gravé sur soie, qui, remontant au roi Charles III le Simple, était le fruit d'un fait émouvant.

Visitant un jour, proche la partie nord-ouest de l'enceinte, un des plus pauvres quartiers de Lutèce, Charles III avait frémi de dégoût devant d'inextricables dédales de petites ruelles sombres et puantes.

Rentré dans son palais, il demanda un plan de la ville puis, avec un large trait de plume, traversa le quartier en cause d'une ligne strictement droite, qui, dépassant de ses deux bouts, afin de mieux attirer l'attention, l'enceinte, régulièrement courbe à cet endroit, avait l'aspect d'une sécante.