Josolyne, nature indulgente, prit en philosophe son parti de la chose et régla le graveur, en le priant de garder chez lui l'édition malchanceuse, pour le cas où il serait un jour possible de la mettre en circulation.
Peu après, Josolyne disparut subitement un soir, sans donner prise à aucune recherche.
Au bout de trente-cinq ans, il fut légalement considéré comme mort et on exécuta ses volontés testamentaires.
Alors octogénaire, le bisaïeul de Louis-Jean Soum apprit officiellement que la fatale édition jadis invendue lui était léguée sans réserve—mais, par délicatesse, décréta péremptoirement que ni lui ni ses successeurs, tant que manquerait la preuve certaine du trépas de l'illustre caricaturiste, ne se permettraient de toucher à ce qui, en somme, pouvait continuer à n'être qu'un dépôt.
Sous l'aïeul puis sous le père de Louis-Jean, nul incident ne survint.
Or, dernièrement, en démolissant une vieille maison dans un des bas quartiers de Paris, on avait trouvé, muré dans un retrait de la cave, un cadavre non dévêtu, facile à identifier grâce au nom inscrit par le tailleur dans chaque pièce d'habillement.
C'était le corps de Josolyne, qui, artiste névropathe et bohème, grand amateur de crapuleuses orgies, auxquelles imprudemment il se livrait paré de bijoux et portefeuille en poche, avait dû, le soir de sa disparition, se laisser entraîner par une fille dans un repaire où l'attendaient la mort et le dépouillement.
La prescription couvrant le crime, on n'ouvrit pas d'enquête.
Désormais Louis-Jean Soum pouvait, sans arrière-pensée, disposer de l'édition si longtemps inutilisée.
Il se demandait encore quel parti en tirer, quand la note de Sirhugues avait frappé son regard et déterminé sa démarche.