«Andrée… chère enfant… te voici d'âge à te marier… Je veux te parler d'un projet… renfermant le bonheur de ma vie… Mais, hélas!… je ne sais… si tu accepteras…»

Rougissante, la jeune fille tressaillait de joie, se méprenant à ses paroles.

Elle et François-Charles s'étaient de tout temps réciproquement adorés. Enfants, par les jours de vacances, ils égayaient la maison ou le jardin du bruit de leurs jeux mêlés de purs baisers. Adolescents, ils se confiaient leurs rêves, discutaient de communes lectures. Et dernièrement, se sentant tout l'un pour l'autre, ils s'étaient juré de s'unir, n'attendant qu'un moment propice pour s'ouvrir à François-Jules, dont l'enthousiaste approbation ne leur semblait pas douteuse.

Andrée, pensant que l'allusion contenue dans la phrase énoncée pouvait seulement viser son hymen avec François-Charles, répondit sur-le-champ:

«Père, soyez heureux, car d'avance vos désirs s'étaient réalisés. Aimée de François-Charles que j'aime, je me suis promise à lui, qui déjà m'a choisie.»

Selon François-Jules, jusqu'alors sans ombrage, François-Charles et Andrée, grandis ensemble, ne s'accordaient mutuellement que la chaste tendresse habituée à régner entre le frère et la sœur.

Foudroyé, il vit accourir son fils à un prompt appel explicite lancé joyeusement par Andrée—puis reçut sans perdre contenance les remerciements de l'heureux couple.

Bientôt le jeune homme partit pour la gare, et, béni encore par Andrée jusqu'au seuil de sa chambre, François-Jules, une fois seul, subit une crise terrible.

Souligné par une complète ressemblance de traits et d'allure, le contraste que formait avec son déclin propre l'écrasante jeunesse de son fils exaspérait ses tortures jalouses.

«Elle l'aime!…» râlait-il, rendu fou par l'image de François-Charles prenant Andrée.