Père encore pantelant de chagrin, François-Jules, pour pouvoir en s'illusionnant croire au retour de la disparue, prit chez lui l'indigente orpheline, qui, douce et ravissante, lui inspirait une vive tendresse. Nature aimante, François-Charles, que de fréquents sanglots secouaient encore à la pensée de Lydie, apprit avec joie la venue de cette sœur nouvelle.
Les ans passèrent, développant la beauté d'Andrée Aparicio, devenue à seize ans une merveilleuse adolescente au corps souple, avec de lourds cheveux d'or illuminant un fin visage éclatant, paré d'admirables yeux verts immenses et candides.
Et François-Jules vit alors, avec effroi, son affection paternelle pour l'orpheline faire place à une passion dévorante, insensée.
Malgré l'absence de tout lien de parenté, sa conscience le blâmait d'aimer cette enfant qui, élevée par lui, l'appelait père, et il garda secret son nouveau sentiment.
Maîtrisant ses désirs, il goûtait le profond bonheur de vivre sous le même toit qu'Andrée, de la voir et de l'entendre chaque jour—et de se sentir, matin et soir, chancelant d'ivresse en la baisant au front.
A dix-huit ans, par l'épanouissement complet de sa jeunesse, Andrée mit le comble au trouble de François-Jules, qui, ne pouvant se contenir davantage, projeta une immédiate démarche matrimoniale.
Rien, en somme, n'allait matériellement à l'encontre de l'union rêvée. A défaut de tout amour, un élan de gratitude envers l'homme qui l'avait recueillie ferait acquiescer Andrée, sans doute heureuse, d'ailleurs, de voir une situation venir au-devant de sa pauvreté.
Choisissant pour lui-même la carrière suivie par son père, qui lui avait transmis ses dons d'écrivain, François-Charles travaillait alors tout le jour en vue de la licence ès lettres. Après le dîner, quittant François-Jules et Andrée, il consacrait, seul dans sa chambre, une grande heure encore à l'étude—puis allait par le dernier train coucher en plein Paris pour se rendre de bon matin dans les bibliothèques, ne regagnant ensuite Meaux qu'à la brune.
Un soir, pendant le labeur de son fils, non sans d'effrayants battements de cœur, François-Jules dit, balbutiant presque: