Mais à cet instant, par suite d'un déploiement dû à la combustion, tout un coin enflammé du papier, après avoir pointé en l'air, s'inclina obliquement hors du brasier, en imitant le mouvement de quelque vasistas en train de s'ouvrir grâce aux charnières de sa base horizontale.

Le feu de ce brandon avancé se communiqua, par derrière, aux courtes jupes de Lydie, qui ne découvrit l'accident qu'au bout de plusieurs secondes, alors que de larges flammes commençaient à l'environner.

A ses cris, François-Jules dressa la tête puis se mit debout, livide. Embrassant la pièce du regard pour y trouver le meilleur élément de sauvetage, il bondit sur la fillette et, l'enlevant à deux mains sans souci de ses propres brûlures, courut l'envelopper étroitement dans un des gros rideaux de la fenêtre. Mais, attisées au vent de l'indispensable course, les flammes grondèrent pendant un long moment, malgré les efforts insensés du malheureux père, qui, les yeux hors des orbites, s'acharnait à rendre de tous côtés l'emmaillotement plus hermétique.

Après l'extinction, enfin obtenue, Lydie, transportée dans son lit, fut condamnée par deux médecins mandés en hâte.

Prise de délire, la fillette contait sans cesse, en les commentant, les moindres choses faites par elle entre l'affectueux «oui» de son père et le fatal embrasement.

Elle succomba le soir même.

François-Jules, fou de douleur, mit pieusement, pour toujours, sur la cheminée de son cabinet,—non sans l'abri d'un globe de verre,—le crâne aux marques frontales, coiffé de sa toque fragile. Symbolisant la dernière belle heure de son enfant bien-aimée, ces deux objets étaient devenus pour lui des reliques inestimables.


Peu après ce drame horrible, François-Jules, avec de nouveaux pleurs, vit mourir poitrinaire—contaminé par sa femme, décédée un an avant lui—son meilleur ami, le poète Raoul Aparicio, auquel le liait, depuis les bancs du lycée, la plus fraternelle affection.

Aparicio, que la maladie avait endetté, laissait une fille, Andrée, qui, exacte contemporaine et grande camarade de la pauvre Lydie, ne conservait de proche qu'un oncle sans fortune ayant femme et enfants.