Tous les journaux du globe s'appesantirent sur l'abstruse question du jour, surtout ceux d'outre-Manche. Le Times, en plus des versions multiples proposées par de compétents esprits, réussit même à donner quotidiennement de fac-similaires passages du parchemin, sous la forme—voulue par les mesures du texte original—de quelques lignes très étendues, dominant, sous un titre d'article large d'une demi-page, les trois colonnes invariablement consacrées au célèbre sujet. François-Jules, qui, très versé dans la connaissance du vieux norois et des runes, s'était vite enflammé pour le problème, découpait toutes ces reproductions fidèles pour les porter sur lui et y pâlir à chaque moment perdu,—écrivant au dos de chacune, afin d'éviter toute confusion, ses remarques la concernant, dont il surchargeait à l'encre les lignes imprimées quelconques s'y trouvant échues.
Le grimoire finit par s'élucider entièrement et révéla en détails, sans toutefois en éclaircir le dénouement tragique, un voyage boréal qui, vu le temps lointain de son accomplissement, semblait miraculeux.
L'incident étant clos, François-Jules, le matin même, avait, au cours d'un rangement, jeté pêle-mêle au panier coupures et exemplaires du Times.
Lydie prit au hasard, dans la corbeille, un numéro du célèbre journal, attirant en même temps, sans le vouloir, trois coupures runiques, à demi engagées dans l'intérieur de l'épais dernier pli.
Détachant une feuille intacte, elle la fronça partout perpendiculairement à une circulaire portion lisse ménagée en son milieu—puis eut recours aux ciseaux de son nécessaire pour ne laisser que la hauteur voulue à la toque ainsi ébauchée.
Pour l'étroit bord vertical indispensable au parachèvement de l'objet, Lydie utilisa les trois bandes à runes, qui, l'ayant frappée par leur forme allongée, semblaient s'offrir à elle comme pour lui éviter un surcroît de découpage.
Armée, grâce au nécessaire, d'un dé puis d'une aiguille que traversait un long fil blanc, elle put, en cousant, ceindre entièrement le bas extrême de la toque avec le bord supérieur, choisi par instinct, des trois minces rubans de papier bien juxtaposés,—non sans dissimuler chaque fois, en lui octroyant la vue intérieure, le côté gribouillé par les annotations de son père.
Le travail terminé, elle posa la fragile coiffure sur le crâne et, satisfaite de la ressemblance obtenue, entreprit de réparer le désordre du tapis. Le nécessaire, peu à peu, recouvra son contenu, partout éparpillé, puis fut remis en poche,—et le journal mutilé, bientôt replié naturellement, réintégra le panier. Quant à l'encombrant et chaotique résidu plissé de la toque tombé sous l'effort de ses ciseaux, Lydie jugea plus décent de le brûler et, prenant soin, vu la petitesse de ses bras, de se glisser derrière le garde-feu pour pouvoir viser juste, en jeta l'inutile masse au milieu de l'âtre.
Voyant, après une brève attente, que tout prenait à souhait, elle se tourna légèrement pour sortir de son torride enclos.