La vieille femme, s'engageant à deviner nos caractères au moyen de ces plantes, données pour magiques, tendit au poète Lelutour, l'un des plus captivés de notre groupe, le bout libre des frêles badines,—qu'elle tenait toutes ensemble par leur milieu, non sans les faire constamment glisser les unes entre les autres avec une rare dextérité.

En ayant pris une suivant son choix, Lelutour, sur injonction de Félicité, frappa sèchement, avec l'ortie fixée à l'opposite, le bras nu de Luc, qui venait de s'approcher, la manche relevée.

La sibylle nous montra que les rougeurs promptes à paraître sur la peau formaient, en petites majuscules inégales mais lisibles, cette figure:

HOCHE
COUARD.

Ensuite, par une sentencieuse tirade accusatrice, elle traita Lelutour d'esprit paradoxal.

L'apophtegme tombait si juste qu'un rire unanime s'éleva, gagnant Lelutour lui-même, conscient de son défaut.

Le poète en effet, sémillant causeur ennemi des clichés, passait pour soutenir froidement, avec un charme plein d'imprévu, mille thèses abracadabrantes.

Un mystère enveloppait l'apparition des lettres sur la peau, car l'ortie, même vue de près, n'offrait rien d'anormal.

Sur nos instances, dictées par la pitié que nous inspirait Luc, en train de se gratter nerveusement l'endroit meurtri, Canterel, du geste, arrêta Félicité, disposée à poursuivre son enquête en présentant la gerbe à de nouveaux amateurs, puis nous révéla le secret de la cuisante inscription cutanée.

La sibylle, étudiant son public pendant ses premières manigances, discernait vite, à l'attitude et aux reparties, le trait dominant de chaque flâneur. Ses remarques faites, elle approchait la gerbe piquante avec des remuements si habiles que certaine tige, élue par elle et munie d'une ortie contenant en puissance un dire opportun, atteignait infailliblement, telle qu'une carte forcée, la main du preneur.