Or, dans son De vero medici mandato, volumineuse monographie de ses placets, Paracelse, entre cent exemples, cite ce fait marquant.
Spécialement intéressé, au seul point de vue dialectal, par une tribu nègre de l'Ouest-Africain, l'explorateur Lethias, ami de l'alchimiste, en avait ramené, sous le nom de Milnéo, le plus intelligent sujet, qui, apte à lui permettre de continuer à domicile des études idiomatiques entamées sur place, ne s'était résigné à le suivre que sous condition de s'adjoindre sa compagne noire Docenn.
Depuis longtemps, Milnéo souffrait de certaine dermatose endémique dans sa contrée natale. Revenu en Europe, Lethias, en vue d'un traitement, conduisit son protégé à Paracelse, qui, strictement esclave de sa doctrine, estima qu'une peau nègre ne pouvait guérir que sous l'action d'un remède livré par une de ses pareilles.
Il appliqua sur le bras de Docenn, toute désignée pour l'expérience en tant qu'issue de la même tribu que Milnéo, une dose du placet ad hoc.
Bientôt commença une suppuration dont le coloris inusité justifia le choix d'un sujet de race noire en dénotant une réaction autre que celle des peaux européennes. Dans l'humeur, Paracelse remarqua pour la première fois des globules rouges qui, soumis à l'analyse, lui donnèrent principalement, à sa grande surprise, «charbon, soufre et salpêtre», éléments de la poudre à canon, telle que Roger Bacon l'avait inventée trois siècles avant. Mais, détrempés par la sécrétion qui les avait amenés, les minuscules grains restèrent privés de tout pouvoir détonant, même après diverses tentatives de dessiccation.
Estimant que l'obtention d'une retentissante explosion donnerait un vif relief à sa découverte, dont l'imprévu l'enorgueillissait, l'alchimiste voulut savoir si la formation du pulvérin précédait la venue du suintement humidifiant. Une conclusion affirmative s'imposa quand, au cours d'une nouvelle expérience, il recueillit plusieurs globules vierges de toute humeur, en fouillant avec de délicats instruments d'acier, peu après la pose du placet, la peau de Docenn, qui, dure au mal, se laissa faire sans plaintes. Mais ce mode d'extirpation entraînait une effusion de sang dont Paracelse, malgré d'infinies précautions, ne put jamais garantir les globules, dès lors inondés et perdus.
Entre temps, l'alchimiste, employant l'humeur comme calmant telle que la fournissait la peau sollicitée, avait guéri Milnéo,—dont le mal évidemment s'était apaisé de lui-même.
Méditant l'anecdote, Canterel avait composé le placet en cause, dont la formule, prise dans la monographie, indiquait à doses précises, comme substances fondamentales: hydrate de sodium, anhydride arsénieux, chlorure d'ammonium, silicate de calcium et nitrate de potassium.
Par curiosité il l'étendit sur la peau d'un noir—et trouva, dans la suppuration prévue, maints globules donnant essentiellement, à l'analyse, les trois substances nommées par l'alchimiste.