Paracelse considérait chaque composant du corps humain comme une individualité pensante, qui, ayant en propre une âme observatrice lui permettant de se connaître mieux que quiconque, savait, en cas de maladie, quel remède pouvait la guérir, n'attendant, pour faire des révélations sans prix, que des questions habilement posées par un pénétrant médecin bornant sagement là son vrai rôle.

Partant de cette idée, l'alchimiste avait élaboré, sous le nom de «placets», un certain nombre de poudres blanches, douées de différents effets définis.

Chacune, chargée d'une mission interrogative, agissait spécialement sur tel organe, prompt à sécréter alors une substance inconnue qui, facile à recueillir, constituait, sous forme de réponse, le remède réclamé.

L'appellation, prise dans le sens latin strict «Plaise à…», trahissait à elle seule l'essence métaphysique de la conception. C'était en humble solliciteur que Paracelse, avec conviction, s'adressait aux organes, envisagés comme de mystérieuses puissances voulant être amadouées.

Tel placet influençait le foie, qui, dès lors, versait dans le sang, où l'on pouvait s'en emparer, une substance apte à vaincre les troubles hépatiques; tel autre incitait l'estomac à livrer, par la même voie, une drogue efficace contre toute dyspepsie; un troisième adjurait le cœur de fournir l'essence souveraine à donner aux cardiaques.

Exhorté de la sorte par son placet particulier, chaque élément corporel d'un sujet sain fabriquait certain ingrédient, que Paracelse captait pour l'administrer aux malades.

Exceptionnellement, au lieu de s'avaler, plusieurs placets jouissaient d'un mode d'application direct. C'est ainsi qu'étendue sur l'œil même, tenu pour une personnalité sagace, une des poudres-suppliques procurait, en flux lacrymal, un collyre universel—et qu'une autre, en recouvrant la peau, entité clairvoyante, suscitait par suppuration un baume radical pour toute affection cutanée.

En fait, cette méthode ne portait sûrement aucun fruit, vu les spéculations toutes dogmatiques de Paracelse, qui, de bonne foi, pensait consulter de sages intelligences et récolter leurs instructions. Nulle vertu curative ne pouvait échoir aux sécrétions provoquées par les fameuses poudres,—inoffensifs excitants, effectivement topiques, dont les formules nous sont parvenues. Malgré sa stérilité, l'idée offrait un suprême intérêt en tant qu'avant-courrière du système qui, plus tard, avec Jenner puis avec Pasteur, devait révolutionner la thérapeutique. Paracelse, d'après Comte, eût représenté l'époque théologique du principe des vaccins, arrivé dans la suite, après une insensible transition métaphysique, à sa période positive.

L'assurance, studieusement acquise, que le mot «placet», au XVIe siècle déjà, servait à désigner une requête confirma, pour Canterel, la croyance de Paracelse au libre arbitre des souveraines puissances qu'il implorait.