Chaque émeraud, mis droit ou obliquement, de côté ou à l'envers, portait toujours son halo de même, comme une auréole parant le sommet de sa tête,—les deux doubles cônes semblant se mouvoir autour d'un seul long pivot idéal.
Le maître, cherchant la cause de cette constance dans l'orientation relative de la figure phosphorescente, perçut un léger écart de tons différenciant les deux hémisphères du réduit, faits de deux substances blanches distinctes. Il les sépara au moyen de son scalpel puis en arracha les cônes et les nerfs, possédant, dès lors, deux calottes finement percées aux pôles, dont l'une montrait toujours la délicate fenêtre pratiquée en vue des précédentes observations.
Promenant tour à tour les deux légers objets à travers les cônes de lumière créés, aux sons des Campanules d'Écosse, par un émeraud vivant, Canterel, à l'aide de sa loupe, vit que, doué d'une transparence particulière dont jouissaient d'ailleurs maints autres corps déjà essayés, l'hémisphère supérieur ne troublait en rien la figure, aussi insoucieusement immuable qu'un rais de soleil où l'on agite une lame de verre. Par contre, l'hémisphère inférieur portait le désarroi partout, obstacle infranchissable contre lequel butaient pêle-mêle les atomes lumineux, qui trouvaient là non pas seulement l'étanchéité parfaite mais l'antipathie et le refoulement. Ainsi s'expliquait comment, jouant dans la tête de l'insecte un rôle de réflecteur, la moitié basse du réduit sphérique, légèrement douée au reste d'une courbure spéciale très amplificatrice, dardait sans cesse loin d'elle l'ensemble de la figure brillante.
Les divulgations du verre grossissant mettaient en relief la raison, mystérieuse pour l'œil nu, de l'apparition des cavités dermiques: rendu perforant par la giration, le cône aérien supérieur enfonçait sa pointe dans un pore, qu'il distendait impérieusement.
Étonné d'abord qu'une simple luminosité impalpable eût la force d'entamer une peau, Canterel se souvint qu'en Amérique, suivant de sérieux témoignages, certain fétu de paille, doué par un terrible ouragan d'un vif mouvement de rotation, s'était de lui-même fiché profondément dans le bois d'un poteau télégraphique.
Un rapide tournoiement pouvait donc permettre à un corps fragile de vaincre plus dur que lui, et le fait, dans le cas présent, frappait d'autant plus qu'en l'effleurant de côté la peau, comme une foule d'autres substances, demeurait transparente à la luminosité.
Constatant que les cavités ne saignaient jamais grâce à la délicatesse inimitable du procédé perforateur, Canterel évoqua soudain une particularité touchant les célèbres placets de l'alchimiste Paracelse, qu'il regardait avec admiration, charlatanisme à part, comme l'un des plus puissants esprits du XVIe siècle.
La théorie des placets, si proche, malgré sa grossière base métaphysique, des modernes thèses scientifiques sur les vaccins et l'opothérapie, lui apparaissait surtout comme un génial aperçu prodigieusement précurseur.