Engendrée sans dégradation par les deux cercles se frôlant à rebours et douée de sa riche nuance verte par l'amalgame du jaune et du bleu, l'auréole, qui, mince et définie, restait fixe vu la neutralisation des deux mouvements, contrastait par son éclat superbe avec la faiblesse des cônes, totalement absents pour l'œil nu.

Prenant un émeraud mort pour le disséquer, Canterel trouva dans la tête, debout aussi et base contre base, deux imperceptibles cônes blancs en matière sèche et dure, adhérant par leurs pointes respectives aux deux pôles d'un minuscule réduit sphérique, dans le haut duquel son scalpel venait d'ouvrir une fenêtre latérale.

Le maître, devinant tout, lança en place voulue un fort courant électrique, et les cônes blancs, suivant ses prévisions, pivotèrent en sens opposés. En même temps, un halo d'ardeur moyenne se forma juste au-dessus d'eux, provenant de deux cônes radiants que la loupe révéla.

L'énigme, dès lors, était résolue. Sous l'empire d'un contentement momentané, les émerauds, par l'effet de quelque subtile innervation, élançaient les cônes blancs, qui aussitôt projetaient en l'air, non sans l'amplifier fortement, une rayonnante image d'eux-mêmes. C'était grâce à une certaine grosseur débordante de l'aérienne substance brillante que les deux bases factices se frôlaient,—celles des cônes réels demeurant seulement proches voisines.

Pour Canterel, l'apparition des halos, tout en servant à manifester, à la manière du ronron des chats, un bien-être quelconque, devait avoir en principe, comme la phosphorescence des vers luisants, une signification amoureuse et constituer une sorte d'appel en vue de l'accouplement.

Le maître poussa plus loin ses investigations anatomiques. La pointe de chaque cône réel, franchissant une ouverture du réduit sphérique, tenait au centre d'un libre petit disque blanc extérieur, parallèle au plan du halo et enceint d'une haie circulaire de filaments nerveux qui, courtes ramifications d'une seule fibre, déterminaient, au moyen de leur influence magnétique, un mouvement giratoire rappelant, par son origine, celui des moteurs électriques. Le disque, dès qu'il tournait, transmettait son élan au cône, qui ne faisait qu'un avec lui.

Rayant avec intention—l'orbite toujours garnie—le cône inférieur à l'aide d'une pointe d'acier, Canterel, comme il s'y attendait, vit briller au-dessus de l'émeraud mort une raie bleue photogène, pareille, en plus grand, à la brusque éraflure. Éprouvé de même, le cône supérieur donna plus haut, en jaune, un résultat identique.

Traçant alors des stries en sens divers, le maître obtint subitement sous forme de minces clartés dans l'espace—en bleu ou en jaune suivant le cône attaqué—des reproductions de tous ses primitifs dessins, exactes dans leur augmentation.

Confirmant d'intimes conjectures, ces apparitions linéaires lui montrèrent comment les cônes, livrant en pleine rotation leur surface entière au frottement de l'air enfermé dans le réduit sphérique, engendraient lumineusement leurs doubles nets et complets, prompts à s'éteindre au premier temps de repos.

Attribuant à quelque différence de matière le contraste des deux nuances enfantées, Canterel, avec un fin pinceau, déposa une goutte de certaine préparation sur chaque cône—et eut en effet deux réactions chimiques dissemblables.