Au bout de quelques mesures, un vieillard parut sur le seuil en murmurant avec émotion:
«Oh! cette voix… cette voix… Seigneur, est-ce possible?…»
Puis, s'avançant, le nouveau venu s'écria soudain en joignant les mains:
«Vascody!… C'est lui, c'est bien lui!…»
Vascody, s'arrêtant court, dit alors tout tremblant:
«Le comte de Ruolz-Montchal!…»
Les deux hommes, en pleurant, tombèrent aux bras l'un de l'autre, bouleversés par les réminiscences de jeunesse qu'éveillait en eux leur vue réciproque.
Introduit dans la maison, Vascody narra sa lamentable histoire à son ami, qui le renseigna ensuite sur sa propre vie.
Poussé vers la chimie par des revers de fortune, à une époque où son œuvre musicale était déjà nombreuse, le comte de Ruolz avait trouvé sa célèbre méthode pour argenter et dorer les métaux puis son procédé pour fondre l'acier. Plus tard il avait inventé son métal phosphoré, aussitôt employé dans la fabrication des canons français.
Actuellement Ruolz venait de réaliser, après plusieurs années de recherches, une nouvelle découverte gardée secrète. Il résolut d'en offrir la primeur à son vieil ami, dont le chant imprévu, avec un charme qui le grisait encore, lui avait joyeusement rappelé l'ancien temps. Le conduisant à son laboratoire, il étala devant lui une couche de fine braise ardente sur un petit plateau en tulle d'amiante muni de quatre pieds—et posa sur ce lit de feu une légère boîte en mica, au fond de laquelle brillait, sous forme de minuscule rouleau, une rigide et féerique dentelle de métal inappréciable pour l'œil nu. La transparence du tulle d'amiante visait à exclure des esprits tout soupçon concernant le stratagème des doubles fonds.