Au cours de ses pérégrinations, Vascody eut pour voisin de chambre certain ouvrier brutal et ivrogne, qui, veuf depuis peu, vivait seul avec un fils de six ans nommé Noël. A travers le mur on entendait crier l'enfant sous les coups du monstre, qui lui reprochait sa nourriture.
Le gamin, bien souvent, allait pleurer dans les bras du vieux musicien, prodigue de tendres consolations.
Révolté, Vascody offrit de s'adjoindre Noël, dont la grâce naïve pouvait l'aider à capter la foule.
Acceptant joyeusement, la brute, sans une larme, se sépara du garçonnet, qui partit le jour même avec son sauveur.
Émerveillé de sa nouvelle vie, qu'il comparait à son enfer passé, Noël apprit du vieillard, dont la guitare lui donnait le rythme, quelques danses alertes qui firent croître les recettes chancelantes.
Plus tard, Vascody observa chez l'enfant, qu'il tentait d'orienter vers le chant, une complète absence de moyens vocaux. Poussé dans une autre voie, Noël fut initié par un bateleur aux principes de la vaticination, art qu'il perfectionna ensuite à sa manière.
Vascody vit un jour la fin de son second magot, dispersé peu à peu. Une troisième fois l'expérience coutumière lui octroya pour un laps important une aisance relative.
Mais, peu de temps après, le vieillard, dont la voix avait toujours gardé de claires notes émotionnantes, mourut presque centenaire aux premiers froids d'un hiver précoce, léguant à Noël, outre la somme récemment acquise, le dernier des quatre précieux rouleaux métalliques donnés par le comte de Ruolz.
Noël, atterré, vit avec effroi partir son bienfaiteur et unique ami. Secoué par les sanglots, il suivit seul, absolument seul, le corps du vieux musicien jusqu'au cimetière…
Puis il revint, tout chancelant, dans la chambre où avait agonisé son cher compagnon.